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Up the creek. 1984.
Origine : Etats-Unis
Genre : Comédie
Réalisation : Robert Butler
Avec : Tim Matheson, Jennifer Runyon, Stephen Furst, Sandy Helberg......


Bob, Gonzer, Irwin et Max sont les quatre plus mauvais étudiants de Lepetomane, la plus mauvaise université des Etats-Unis. Lassé de la réputation de son établissement, le doyen les envoie participer à une course de rafting universitaire en échange de l'obtention d'un diplôme. Après s'être fait exclure de seize universités, Bob (Tim Matheson) ne rate pas l'opportunité qui lui est faite, surtout qu'il y a là l'occasion de bien s'amuser. Et en effet, dès qu'il arrive sur place, il se pose en chevalier servant de Heather Merriweather (Jennifer Runyon), qui vient de surprendre son petit ami Rex en galante compagnie. En même temps qu'une copine, Bob vient vient de se faire un ennemi de taille : Rex est le chef de l'équipe d'Ivy, université pour riches dont le doyen est aussi l'organisateur corrompu de la compétition. Un peu plus tard dans la nuit précédant l'ouverture des hostilités, Bob déjoue aussi le sabotage des troufions de l'école militaire, laquelle est exclue et va donc chercher à se venger.



Sous-genre peu onéreux et pouvant rapporter gros, la comédie estudiantine a pris son envol avec l'apparition des drives-in et n'a depuis jamais baissé pavillon. Leur succès est tel que nombre de productions hollywoodiennes huppées s'en sont inspiré, avec pour conséquence une crétinisation générale particulièrement prégnante dans le cinéma d'action, ravalé au rang de produit jetable truffé de démagogie jeuniste et racoleuse. Le rôle néfaste joué par les comédies estudiantines est incontestable. Doit-on leur jeter la première pierre ? Certes non ! Car à l'instar de n'importe quel genre de productions indépendantes, elles s'adressèrent d'abord à un public ciblé et n'auraient à la base jamais dû sortir du rang. C'est en devenant victimes de leur succès qu'elles contaminèrent Hollywood, laquelle avec son manque de recul habituel ne perçut nullement le second degré auto-parodique de ces oeuvres modestes et se lança dans de vrais monuments à la bêtise qui finirent hélas par connaître le succès. En elles-mêmes, les comédies estudiantines ne sont pas plus condamnables que les films d'horreur à petit budget ou les pantalonnades érotiques. Ces trois sous-genres auraient même tendance à s'alimenter les uns les autres (la fameuse triplette sang / sexe / second degré). Après, tout dépend bien sûr du contexte de réalisation : le but de ces productions étant de plaire à la jeunesse de leur époque (ne serait-ce que pour choisir les chansons à insérer dans les BO / compilations), elles se doivent d'évoluer en fonction des modes. Ainsi, un film à la pointe de l'actualité devient très vite quelque chose de ridicule que les nouvelles générations s'empressent de démolir du haut de leurs certitudes, persuadées d'être les vraies incarnations de la modernité jusqu'à ce que leurs propres descendants leur fassent prendre de l'âge. Rares sont les comédies estudiantines à être passées à travers les mailles du temps, ce qu'elles n'ont d'ailleurs jamais cherché à faire. Et pourtant, à la fin des années 70 et au début des années 80, quelques unes se sont distinguées et n'ont pas sombré dans l'anonymat. Il y a le American College de John Landis avec John Belusci, et peut-être le Porky's de Bob Clark. Produit par le toujours opportuniste Sam Arkoff et son fils Louis pour le compte de Orion à l'époque où les majors hollywoodiennes passaient encore par les indépendants pour ne pas se salir les mains, Les Branchés du bahut marche sans vergogne sur les pas de ces deux illustres prédécesseurs. Difficile d'y faire plus ouvertement référence : sur les quatre ratés de l'Université Lepetomane, deux ont joué dans American College (Tim Matheson et Stephen Furst) et un dans Porky's (Dan Monahan). Et pendant que nous abordons le sujet du casting, signalons la présence de Jennifer Runyon, qui la même année atteindra la célébrité universelle en ayant l'honneur de jouer dans la première scène de Bill Murray dans SOS Fantômes. Mais place aux Branchés du bahut.



Comme on peut s'y attendre de la part d'un film cherchant à se vendre au plus grand nombre d'adolescents possible, les héros incarnent ici les jeunes américains glandeurs face aux pédants fils à papa. Plus précisément, nous avons un "bad boy", un gros glouton, un "geek" alcoolique et un libidineux, venus les mains dans les poches face à quatre aryens propres sur eux et frauduleusement pourvus d'armes de combats (avion téléguidé explosif, torpille, pagaie à cran d'arrêt...). Les premiers vivent à la bonne franquette avec leur chien facétieux, les seconds se font installer une énorme tente où des serveurs leur apportent du champagne qu'ils boivent en se faisant masser par des filles à moitié nues. Mais à dire vrai, les dés sont un peu pipés en ce qui concerne Bob, le chef des ratés, qui au contraire de ses trois camarades n'est pas exactement un minable : avec son look rebelle et son cigarillo toujours entre les lèvres, il présente bien, fait preuve d'autorité voire d'intelligence et dispose d'un solide sens de l'humour qui fait de lui un être plein d'auto-dérision, expliquant sa présence parmi les ratés. Il est dommage que Robert Butler ne soit pas allé au bout de sa logique en présentant vraiment quatre vrais stéréotypes d'étudiants rejetés, traités sur un pied d'égalité, ce qui aurait abouti à une vraie revanche sociale sur les quatre rupins (le quatuor tel qu'il est compte au moins un membre -l'obsédé- dont Butler ne sait que faire). Dommage aussi qu'il ait fait l'impasse sur la personnalité de Heather, la nouvelle copine de Bob, qui après avoir plaqué son bourgeois infidèle devient immédiatement une petite amie parfaite. La perfection étant ce qu'elle est, le personnage n'a aucune profondeur et n'est utilisé en fin de compte que pour placer une fille en bikini à l'écran (elle assure la liaison entre deux étapes, où les pouliches dénudées ne manquent pas). On l'aura compris, Les Branchés du bahut n'est pas un film réfléchi et sa démagogie ne repose que sur des critères vendeurs et rassurants. Mais de l'autre côté de la médaille, Butler a la bonne idée de ne pas ajouter de compétition amoureuse à la compétition sportive, la liaison entre Bob et Heather étant conclue au bout d'une demi-heure (et dans les codes des comédies adolescentes, coucher marque un triomphe définitif). Ce qui lui permet de développer son film sans temps morts, enchaînant gag sur gag. Une tactique payante, puisqu'à quelques écarts près il évite la surenchère vulgaire au profit de cet humour bas de plafond mais agréable, vaguement caractérisé par des énormités dignes des cartoons de Bib Bip et vil Coyote. Ce qui n'est guère étonnant compte tenu de l'arsenal de guerre utilisé pour détruire l'équipe de Lepetomane, laquelle repose en entier sur le sens de la ruse (et celui du chien n'est pas le moindre, le canidé finissant par devenir plus important que les trois comparses de Bob). Les Branchés du bahut n'est pas un film très malin, mais c'est au moins un film limpide et homogène, ce qui lui confère un certain attrait auquel on peut ajouter celui de ses décors naturels, cadre de scènes de rafting devenant très spectaculaires dans le final. Bien sûr, pour profiter du spectacle, il convient tout de même de ne pas être allergique aux années 80...

Loïc Blavier

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