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Kerd Ma Lui. 2004.
Origine : Thaïlande
Genre : Action
Réalisation : Panna Rittikrai
Avec : Dan Chupong, Noppol Gomarachun, Suntisuk Phromsiri, Piyapong Pue-On...




De tout le continent asiatique, le cinéma thaïlandais n’est certainement pas le plus connu à l’échelle mondiale. Si il parvient tout de même à se faire connaître via des cinéastes plus exigeants qui attirent l’œil de certains festivals élitistes (comme Apichatpong Weerasethakul avec Tropical malady à Cannes), il lui manque de toucher un plus large public au travers de films plus faciles d’accès. Et puis en 2004, sous l’impulsion de Europacorp, la boîte de production de Luc Besson, débarque sur nos écrans Ong-Bak, un film d’action particulièrement spectaculaire et aux cascades qui défient l’entendement. Si nous sommes loin d’un raz de marée en terme d’entrées, Ong-Bak n’en attire pas moins l’attention d’un public rompu au cinéma de genre en général, et de baston en particulier. En un film, l’acteur principal Tony Jaa se voit promu au rang de ses plus illustres prédécesseurs dans le domaine de la castagne, à savoir Bruce Lee (le pionnier), Jackie Chan et Jet Li. A tel point que de par le monde, ses aficionados attendent ses prochains exploits avec impatience. Dans l’intervalle séparant Ong-Bak de L’Honneur du dragon (second film de Tony Jaa), sort ce Born to fight dont le réalisateur -Panna Rittikrai- a officié en tant que chorégraphe sur le premier film avec Tony Jaa. Un détail qui n’est sans doute pas pour rien en ce qui concerne sa diffusion dans nos contrées.



Une délégation de sportifs issus de différentes disciplines se rend dans un village dans le cadre d’une action de charité. Parmi eux se trouve Deaw, un jeune flic qui décide d’accompagner sa sœur pour oublier le décès récent de son supérieur. Par un hasard malencontreux, ce village est la cible d’un groupuscule terroriste lourdement armé qui prend en otage tous ses habitants. Deaw va devoir sortir le grand jeu pour empêcher que les terroristes ne mettent leur menace à exécution : rayer Bangkok de la carte si leurs doléances n’obtiennent pas satisfaction.

Une fois ce postulat posé, l’histoire ne connaîtra plus d’évolution, le scénario se bornant par la suite à aligner les scènes d’action comme des perles durant près de la moitié du film. En soi, cela n’a rien de particulièrement choquant dans la mesure où Born to fight n’a jamais visé à être autre chose qu’un digne représentant du cinéma d’action. Maintenant, tout film d’action se doit au minimum de reposer sur les épaules d’un héros charismatique et / ou de méchants hauts en couleur. Or Born to fight ne dispose d’aucune de ces deux composantes.



En guise de héros, nous avons droit à un jeune inspecteur de police, plutôt effacé, que la mort de son partenaire et mentor a particulièrement affecté (il s’est descendu trois bières thaï, c’est dire la profondeur de son chagrin). C’est d’ailleurs sur ce seul événement initial que repose la seule ébauche d’épaississement psychologique dudit héros. Il vit ce décès comme un drame personnel, se reprochant d’avoir fait le mauvais choix au moment opportun. Pas mauvais bougres, les scénaristes lui offriront l’occasion de se racheter (ou tout du moins d’atténuer sa douleur) de manière détournée à la fin du film. Il aurait été dommage que Born to fight se close sur son visage apitoyé. Quant aux méchants, aucune figure ne se détache les unes par rapport aux autres. Le général Yang, dont la libération constitue l’enjeu principal pour les terroristes, est à peine esquissé. De la poursuite du prologue à l’assaut du village, tout se rapporte à lui mais lui n’existe qu’à grande peine. Tout du long, il demeure une silhouette déshumanisée sans aucun trait de caractère. Il en va de même de ses hommes, dont la méchanceté n’a d’égale que la bêtise. Ils n’hésitent pas à massacrer des villageois sans défense (vieillards, femmes, enfants) mais se contentent d’assommer Deaw alors que ce dernier a été trouvé un fusil automatique entre les mains, et qu’il a déjà pu faire apprécier ses talents de combattant. Une aberration qu’ils paieront au prix fort. En fait, les membres du groupuscule terroriste sont des caricatures de méchants. Ils crient, gesticulent dans tous les sens, se montrent sadiques juste ce qu’il faut puis disparaissent selon le bon vouloir des gentils. Ils représentent un danger des plus arbitraires qui interdit toute progression dramatique. Et nous touchons là du doigt le deuxième gros défaut du film.



Panna Rittikrai se sert de Ong-Bak comme modèle à dépasser. Sa seule ambition est d’aller encore plus loin dans le domaine de l’action, et donc de multiplier les cascades les plus improbables. Et pour remplir son cahier des charges, la présence d’un scénario ne pourrait qu’être un frein à son ambition, d’où sa totale absence ici. Hormis un tunnel d’une dizaine de minutes pour poser les personnages et le lieu de l’action, Born to fight n’est qu’une suite d’affrontements placés sous le signe du jeu vidéo, musique horripilante inclue. Ainsi, chacun des combattants du camp des gentils combat selon ses propres aptitudes sportives. Le rugbyman plaque ses adversaires, le footballeur shoote dans divers projectiles (et fait mouche à chaque fois !) en direction des terroristes, le gymnaste virevolte en tout sens avant d’asséner ses coups de pied, … On se croirait revenu aux temps anciens où les jeux Streetfighter et Mortal Kombat cassaient la baraque. En l’état, ça donne lieu à des scènes souvent risibles, qu’on croirait parfois directement tirées de Shaolin soccer, à la différence que ce dernier était ouvertement parodique. De l’humour, Born to fight n’en contient pas une once, jouant la carte du premier degré à outrance. Même lorsque les sportifs se muent en véritables patriotes à l’écoute de leur hymne national, qui leur donne la force et le courage d’affronter les terroristes malgré leur désavantage évident (armes automatiques contre paires de baskets), nos zygomatiques se crispent. On les dirait soudain embarqués dans une compétition pour laquelle ils briguent tous la médaille d’or, en l’occurrence la libération du village. Et la compétition de laisser place à l’imagerie militaire au détour d’une scène qui montre l’un des sportifs s’emparer du drapeau thaïlandais et ne plus le lâcher jusqu’à la fin du film, le brandissant comme l’étendard du monde libre. Le réalisateur se plaît à opposer ces sportifs altruistes et avec le cœur sur la main à ces terroristes sans foi ni loi, intolérant et irrespectueux envers la religion (des moines bouddhistes meurent sous leurs balles). On sent poindre une envie d’injecter une portée métaphorique au film, sans que cela ne dépasse le simple stade de l’ébauche. Le cœur du film reste les divers combats qui le parsèment, et c’est sur ce point là que la réussite ou non du film se joue. A ce titre, on ne peut nier les véritables prouesses que les acteurs et cascadeurs ont effectué dans des conditions de sécurité à faire frémir toute la guilde des cascadeurs américains. Ils n’hésitent pas à prendre des risques insensés pour obtenir du jamais vu à l’écran. Le hic, c’est que 90 % (au bas mot) des scènes d’action s’accompagnent de ralentis dont l’omniprésence conduit au désintérêt total. Alors oui, les chorégraphies sont très jolies, mais pas au point de vouloir les admirer le plus longtemps possible, ni même au point de revoir les scènes deux fois comme c’est le cas lors de certaines cascades pyrotechniques. A force, la réalisation en perd toute énergie et provoque un ennui aussi ferme qu’un film de Marguerite Duras. Un comble pour un film d’action !

Bénédict Arellano

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