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Boogeyman. 2005.
Origine : Etats-Unis / Nouvelle-Zélande
Genre : Horreur
Réalisation : Stephen T. Kay
Avec : Barry Watson, Emily Deschanel, Skye McCole Bartusiak, Tory Mussett...




Pour Sam Raimi, le temps des petits films d’horreur bricolés entre amis, où une inventivité de tous les instants compensait allègrement le manque de moyens, est désormais révolu. L’imposant succès de ses adaptations de Spiderman l’a placé au firmament de Hollywood, à tel point que tout ce qu’il touche semble voué à se transformer en or. C’est le cas du remake du film japonais The Grudge, premier film issu de sa toute nouvelle maison de production Ghost House Pictures, qui engendre de jolis bénéfices. Souhaitant rééditer l’exploit, la boîte de production de Sam Raimi sort de ses placards (c’est le cas de le dire !) ce Boogeyman destiné à l’origine au marché de la vidéo et qui se voit finalement gratifié d’une sortie en salles. Un opportunisme que Hollywood a érigé en règle et qui aboutit le plus souvent à des films sans âme et sans idées. Avec son scénario minimaliste calqué sur des films d’horreur récents (Nuits de terreur, au premier chef) et une mise en scène à l’esbroufe, Boogeyman est incontestablement de ceux-là.

Tim a subi un lourd traumatisme durant son enfance : il a vu son père se faire emporter par le croquemitaine tapi dans son placard. Depuis lors, il ne peut plus approcher d’un placard sans éprouver une trouille tenace. Néanmoins, cela ne l’a pas empêché de mener une vie normale avec des études menées à leur terme, des amis et une petite copine. Malheureusement, 15 ans plus tard, son douloureux passé refait surface au moment du décès de sa mère. De retour dans la petite bourgade de son enfance, il décide d’affronter ses peurs et de dormir une dernière fois dans la demeure familiale.



Voilà pour le résumé et, à sa relecture, je me rends compte que j’ai raconté bien malgré moi tout le film. La vérité, c’est que tout Boogeyman tient dans cette confrontation entre Tim et ses peurs enfantines incarnées par le croquemitaine des placards. Autour de ça, rien d’autre n’existe. La petite amie, l’oncle bienveillant et l’amie d’enfance ont pour seule utilité d’incarner les victimes potentielles et, tout aussi potentiellement, de générer une forme d’empathie pour Tim, qui pourrait bien voir disparaître dans l’affaire tous les gens qu’il aime. Or, la construction même du film empêche toute implication de notre part. En cause, cette pénible propension du réalisateur à enchaîner les effets de style au détriment de ses personnages et d’une atmosphère angoissante. Vendu comme un film d’horreur visant à nous glacer les sangs, Boogeyman ressemble au final à un catalogue d’effets m’as-tu-vu de la part d’un réalisateur en roue libre. Un style symptomatique du cinéma fantastique de ces années 2000, désireux de nous en mettre plein les mirettes à n’importe quel prix. Aujourd’hui, on ne compte plus les remakes qui n’apportent à leurs modèles qu’un surplus d’effets spéciaux et de surenchère dans la violence. A force de tout dévoiler, les films fantastiques actuels perdent de leur mystère et de leur force subjective alors que les peurs les plus fréquentes sont justement liées à l’obscurité et à l’inconnu. En matérialisant les peurs de Tim enfant, le prologue de Boogeyman participe de cette tendance en annihilant tout mystère au profit d’un scénario qui va dés lors se contenter de brasser de l’air en vain.
Comment réduire le potentiel horrifique d’un film à néant en deux coups de cuiller à pot ? C’est simple, vous suivez l’exemple de Stephen T. Kay. Non seulement il prend un malin plaisir à donner immédiatement vie aux peurs enfouies du jeune Tim, mais il le fait en outre d’une manière proprement ridicule. Ainsi, le pauvre petit voit son père se faire happer par le croquemitaine du placard. Le prologue aurait pu s’arrêter là. Or, le réalisateur juge utile d’en rajouter en nous ressortant le père du placard, ballotté comme un fétu de paille -et la caméra avec lui- aux quatre coins de l’embrasure de la porte avant de disparaître définitivement. A partir de là, nous savons pertinemment à quoi nous attendre, aussi bien au niveau de la menace qui pèse sur Tim qu’au niveau de son illustration. Dés lors, si ce n’est pour un plan de coupe saugrenu d’une clé introduite dans une serrure, plus rien ne viendra nous surprendre et encore moins nous ficher la frousse. Toutefois, le pire dans tout ça réside dans cette incroyable frilosité du cinéma américain à se confronter pleinement à son sujet. Il est tout de même ici question d’un croquemitaine -qui par essence s’attaque aux enfants- dont les seules victimes sont des adultes. Même enfant, Tim est épargné au profit de son père. Si le cinéma hollywoodien semble plus enclin aujourd’hui à montrer des gerbes de sang et des morts violentes (l’interminable série des Saw en atteste), il se montre toujours aussi réticent à montrer ses chères petites têtes blondes touchées par la noirceur du monde. Il y a bien une scène où Tim se retrouve confronté aux spectres d’enfants disparus sur l’autel du croquemitaine, mais celle-ci apparaît plus comme une légitimation du combat à venir -en affrontant ses peurs, Tim sauvera la vie des jeunes générations- que comme une volonté de créer un malaise. D’ailleurs, de malaise il n’y en aura nulle trace si ce n’est celui engendré par cette mise en scène éreintante à force de mouvements de caméra outranciers et d’un montage syncopé. Seul point positif, l’absence d’une fin ouverte, sorte de passage obligé du genre, qui aurait laissé craindre la perspective d’une suite.



Film d’horreur comme on en voit désormais trop souvent, Boogeyman est logiquement voué à l’oubli que lui confère son statut de produit à la chaîne. Toutefois, il est amusant de noter à l’aune de ce film le côté casanier du croquemitaine. Alors que la peur du noir ne se limite pas à notre seule chambre à coucher, la mainmise du croquemitaine se retrouve quant à elle circonscrite à une seule localité, comme si cette peur s’apparentait à une malédiction. Et au regard du niveau de la production horrifique actuelle, c’est à se demander si Hollywood elle-même n’est pas victime d’une malédiction.

Bénédict Arellano

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