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Buio Omega. 1979.
Origine : Italie
Genre : Poème macabre
Réalisation : Joe d'Amato
Avec : Kieran Canter, Cinzia Monreale, Franca Stoppi, Sam Modesto...




Venu rendre visite à sa fiancée Anna dans sa chambre d’hôpital, Francesco ne peut qu’assister, impuissant, à l’exhalation de son dernier souffle. Ne pouvant se résoudre à vivre sans elle, il dérobe sa dépouille au cimetière et la ramène chez lui. Là, il met à profit ses talents de taxidermiste amateur pour embaumer le corps. Tout à sa tâche, il en oublie l’autostoppeuse qu’il a embarquée bien malgré lui en cours de route. Celle-ci saura se rappeler à son bon souvenir, partant dans les aigus en assistant à l’opération. Mal lui en prend puisqu’elle figurera au premier rang des victimes d’un Francesco soudain sujet aux pulsions assassines incontrôlables.



Après une flopée de polissonneries (la série des Black Emanuelle, notamment), Joe d’Amato s’engage avec ce Blue Holocaust à la réputation sulfureuse dans la veine horrifico-gore déjà empruntée avec succès par ses compères Ruggero Deodato, Umberto Lenzi ou encore Lucio Fulci. Opportuniste, Joe d’Amato avait déjà mêlé film érotique et film de cannibales le temps du bien nommé Emanuelle et les derniers cannibales (1977), aussi connu sous le titre hautement poétique de Viol sous les tropiques. Toutefois, il n’est ici plus du tout question d’érotisme. Si le bougre n’hésite pas à dévoiler la poitrine de ses comédiennes (on ne se refait pas !), ce n’est jamais dans le but de flatter les penchants érotomanes du public mâle. Au contraire, dans Blue Holocaust, la nudité des corps renvoie tout à la fois à leur fragilité et à celui sans vie de Anna, source des pulsions criminelles de Francesco. S’appuyant sur une photographie particulièrement blafarde, dont il est lui-même l’auteur, Joe d’Amato pose un regard clinique sur les exactions de Francesco, dépourvues de toute emphase. Nous sommes loin des envolées baroques à la Mario Bava ou à la Dario Argento. Que ce soit la longue scène d’embaumement de Anna, l’arrachage minutieux des ongles de la pauvre autostoppeuse ou encore la méticuleuse opération pour faire disparaître un corps encombrant, toutes exhalent un parfum morbide teinté de réalisme sordide. Le film baigne en permanence dans un climat mortifère savamment entretenu qui flirte allégrement avec la nécrophilie sans jamais vraiment y sombrer. Francesco ne nourrit aucune pulsion sexuelle pour sa défunte bien-aimée, se contentant de la contempler de temps à autre, notamment lorsqu’il s’apprête à faire l’amour à une autre femme. C’est tout juste si il s’autorise un fugace baiser. Et rien dans le film n’indique qu’il s’adonne à ce genre de déviance. Ou alors il attend patiemment que Joe d’Amato ait le dos tourné pour s’y complaire. Par contre, il présente de forts symptômes de cannibalisme (il arrache à pleine dents le cou de la malheureuse joggeuse) voire de nécrophagie (il croque voluptueusement le cœur de sa défunte fiancée). A croire qu’en cette fin des années 70, le cinéma de genre italien avait bien du mal à échapper à la mode anthropophage. Mais il ne s’agit là que d’un détail, Blue Holocaust entretenant davantage de parenté avec des films d’angoisse. Il y a du Yeux sans visage dans cette manière très clinique d’aborder l’embaumement, et surtout du Psychose à travers la personnalité de Francesco, jeune homme qui semble bien sous tous rapports mais qui cache au fond de lui une profonde fêlure.
L’aura romantique du personnage est vite balayée par cette forme de passivité qui préside à ses actes. Orphelin, la perte d’Anna l’amène à perdre définitivement pied avec la réalité. Lorsqu’il ne semble pas détaché de tout (il ne montre aucune émotion lors de l’enterrement de sa fiancée), il agit dans un état second (les meurtres). Il ne panique quasiment jamais, témoignant d’un sang froid à toute épreuve qui n’a d’égale celui de Iris, sa gouvernante. Leurs rapports pour le moins ambigus nourrissent le climat étrange et poisseux du film. De manière insidieuse, Iris a mis Francesco sous sa coupe. Par ses élans maternels –elle lui donne le sein pour le calmer–, elle contribue à l’infantiliser et garde un ascendant constant sur lui. En outre, elle couvre ses actes criminels sans discussion nourrissant de noirs desseins. Dès sa première apparition, on découvre qu’elle n’est pas étrangère aux souffrances de Anna. Elle cherche à isoler Francesco au maximum afin que, perdu, il s’en remette totalement à elle. Machiavélique en diable, Iris incarne la principale menace du film, tous ses actes étant mûrement réfléchis. Davantage que les débordements gores du film, c’est ce personnage qui met mal à l’aise, interprété avec toute la froideur requise par Franca Stoppi, volant sans peine la vedette à tous ses partenaires. La voir découper un cadavre au hachoir sans ciller constitue l’un des moments marquants d’un film qui aurait gagné à conserver jusqu’au bout cette sécheresse dans le traitement. Maladroit, Joe d’Amato tente d’instaurer un inutile suspense autour du personnage d’un croquemort qui s’interroge sur les bizarres agissements de Francesco. De même, l’introduction de la gémellité comme moteur d’un final grandiloquent ne se justifie que par un ultime plan d’une gratuité dommageable et finalement bien confortable, eu égard à ce qui a précédé.



Sorte de poème macabre rythmé par la musique pop des Goblins, Blue Holocaust surprend par sa tonalité très sombre avant de nous décevoir par un dénouement qui cède trop aux ficelles du cinéma d’exploitation. Mais ne faisons pas la fine bouche. Si Joe d’Amato ne se montre pas toujours très subtil, chantre d’un mauvais goût assumé, il réalise là un film estimable qui démontre qu’avec davantage de rigueur, il aurait durablement pu marquer le cinéma horrifique transalpin.

Bénédict Arellano

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