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Deliria. 1987.
Origine : Italie
Genre : Giallo mâtiné de slasher
Réalisation : Michele Soavi
Avec : Barbara Cupisti, David Brandon, Robert Gugorov, Martin Philip ...




Pendant les années 80, les noms de Michele Soavi et de Dario Argento sont indissociables, le premier collaborant à deux réalisations et une production du second, respectivement Ténèbres, Phenomena et Démons. Et pour bien marquer le respect qu’il lui témoigne, Michele Soavi se fend, en outre, d’un hommage à son maître dans le documentaire Dario Argento World of Horror. A l’aune de cette indéfectible amitié qui unit les deux hommes, il paraissait impensable que Soavi passe à la réalisation sous le haut patronage d’un autre réalisateur que Argento. Et pourtant, l’impensable s’est produit. A la production de Bloody Bird, nous retrouvons non pas l’auteur de Suspiria mais le réalisateur de Anthopophagous, le maître ès cinéma bis, Joe D’Amato. Néanmoins, si le nom de Dario Argento n’apparaît pas au générique de Boody Bird, son influence se fait sentir tout au long du film.

Le tueur en série Irving Wallace s’échappe d’un asile pour trouver refuge aux abords d’un théâtre dans lequel se tiennent les ultimes répétitions d’une comédie musicale. Il se manifeste une première fois en tuant Betty, la costumière, dont la découverte du cadavre entraîne l’arrivée sur les lieux de la police et des journalistes. Opportuniste, le metteur en scène procède à quelques modifications : désormais, le tueur de sa pièce se nommera Irving Wallace. Tenus de travailler toute la nuit moyennant un petit supplément, les comédiens ignorent qu’ils sont enfermés dans le théâtre et que le vrai tueur rôde dans ses travées.



Pour son premier passage derrière la caméra, Michele Soavi s’appuie sur un scénario des plus basiques pour n’avoir à se concentrer que sur les seuls effets horrifiques. Ici, point de scénario alambiqué pour nous tenir en haleine jusqu’à la révélation de l’identité du tueur puisque celle-ci nous est connue dés le départ. Il n’y a donc pas de réelle progression dramatique, l’intrigue se contentant d’égrener les meurtres jusqu’à l’habituel affrontement final qui oppose le tueur à l’ultime survivant(e). Il en résulte un manque patent de suspense et de scènes propres à susciter l’effroi, ce qui est plutôt dommageable lorsqu’on organise son récit en huis clos. Néanmoins, cette absence de suspense et de frissons n’est pas forcément rédhibitoire, à condition que la mise en scène parvienne à transcender les passages obligés du genre. Or, ce n’est pas le cas ici, en dépit des promesses suscitées par le début du film.
Bloody Bird s’ouvre sur une ruelle sombre tout juste éclairée par quelques néons dispensant une lumière rosâtre qu’une prostituée arpente en long et en large. Dans un premier temps, la caméra se place à ras le bitume, ne nous donnant à voir que les pieds de la jeune femme avant de remonter progressivement le long de son corps pour nous la révéler entièrement. Le film n’a démarré que depuis quelques minutes que déjà un étrange sentiment nous étreint, l’impression que tout sonne faux. La suite va entériner cette impression : une plume virevolte au-dessus de la tête de la jeune femme, des mains jaillissent de l’obscurité, l’entraînent au fond d’une impasse dans laquelle elles font leur office en serrant puissamment et inexorablement son cou jusqu’à ce qu’elle exhale son dernier souffle de vie. Lorsque son corps est retrouvé, un cri d’effroi déchire la nuit, mettant toute la rue en émoi. Soudain, de cette même impasse s’échappe, au prix d’un splendide saut périlleux, un être tout de noir vêtu et affublé d’un masque de chouette qui dans la continuité de l’action s’empresse d’esquisser quelques pas de danse. Ainsi se lève le voile de cette supercherie : nous assistions en réalité aux répétitions d’une comédie musicale. En procédant ainsi, Michele Soavi laisse entendre que nous aurons affaire à un festival de faux semblants et que nous devrons nous garder de prendre pour argent comptant tout ce qui va suivre. Une démarche alléchante dans la mesure où les coups de théâtre font parties des composantes de tout bon giallo. Alors à tout prendre, jouer sur les deux tableaux -à savoir la réalité cinématographique phagocytant la fiction théâtrale- paraît fort judicieux. Dés lors, que l’opportuniste metteur en scène décide d’intégrer l’identité du tueur en série au sein de sa comédie musicale ne fait qu’abonder dans ce sens. Las, Michele Soavi gâche tout dés la reprise des répétitions en ne cherchant même pas à nous cacher la présence du véritable tueur sous le masque du tueur théâtral. Ainsi, lorsque la jeune actrice se fait assassiner, et ce conformément au scénario de la pièce, nous n’ignorons pas que cela se produit pour de vrai, ce qui annihile tout effet de mise en abîme. Et c’est d’autant plus dommage que cette scène est très réussie, mêlant habilement voyeurisme, violence et érotisme soit les ingrédients d’un bon giallo. La suite le sera nettement moins, celle-ci se limitant à des meurtres plus ou moins spectaculaires (le meilleur étant celui de l’actrice coupée en deux), entrecoupés d’allers-retours dans l’habitacle de la voiture de police où les deux flics chargés de la surveillance des environs enchaînent les banalités. Et malgré la volonté farouche des survivants d’agir avec à-propos, c'est-à-dire en premier lieu à ne pas chercher à se séparer, le tueur n’éprouve aucune difficulté particulière à accomplir sa tâche. Rien ne l’arrête, pas même le feu. Pour le reste, c’est la routine avec comme d’ordinaire, les femmes qui poussent des cris stridents tandis que les hommes tentent de faire bonne figure, en vain. Avec des spécimens tels que le producteur qui monnaie sa vie en dernier recours ou bien le metteur en scène, vindicatif en public mais qui s’effondre seul face au tueur, la gent masculine n’en sort pas grandi. En ce qui concerne le personnage du metteur en scène, il est encore une fois dommage que Soavi n’ait pas davantage insisté sur sa manière de toujours vouloir diriger les autres. Bien que tous jouent leur vie, aucun d'eux ne cherche réellement à aller à l’encontre de ce que le metteur en scène décide, comme si les autres n’arrivaient pas à se défaire de leur statut de comédiens. Ainsi, ils continuent à être dirigés comme sur scène, dépourvus de tout libre-arbitre.



Bloody Bird est un film hybride, se situant à l’intersection du giallo et du slasher. Du premier, il a cette exubérance baroque propre au genre qui confère à certaines scènes des allures de tableaux mortuaires. Du second, il reprend la figure quasi mythologique du tueur masqué et cette incapacité à faire court au moment de conclure. Avec ce film, on sent en Michele Soavi l’élève capable mais encore trop sous l’emprise de ses influences. Il lui faudra patienter sept années et Dellamorte Dellamore pour qu’il puisse enfin donner libre court à ses envies et dépeindre un univers plus personnel que celui de ce Bloody Bird, film d’horreur quelconque et dont l’attribution du Prix de la Peur au festival d’Avoriaz demeure un mystère.

Bénédict Arellano

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