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The Big Bird Cage. 1972.
Origine : Etats-Unis / Philippines
Genre : WIP
Réalisation : Jack Hill
Avec : Anitra Ford, Pam Grier, Sid Haig, Teda Bracci...


Terry Rich est une jeune femme vivant de ses charmes qui peut se targuer d’avoir couché avec la moitié du gouvernement philippin dont le Premier Ministre. Lors d’une soirée, elle est kidnappée par un révolutionnaire qui ne tarde pas à l’abandonner lorsqu’il se sent coincé. Embarquée par la police, Terry finit dans un camp de travail où elle va rapidement devoir s’adapter aux règles de la prison pour femmes. Bien décidée à ne pas y moisir longtemps, elle fera tout son possible pour recouvrer sa liberté, quitte à s’associer au même révolutionnaire qui l’a conduite dans cet enfer.



En véritable roi de la débrouille et toujours dans un souci de limiter au maximum les coûts de production de ses films, Roger Corman a produit au début des années 70 pas moins de trois Women In Prison (W.I.P) dont l’action se déroule aux Philippines dans des décors sensiblement identiques d’un film à l’autre (The Big doll house de Jack Hill, Women in cages de Gerardo de Leon et enfin ce The Big bird cage, encore de Jack Hill). Purs films d’exploitations visant à titiller la libido d’un public exclusivement masculin en lui présentant un important contingent de femmes sexy trempées de sueur dans des tenues particulièrement courtes, ces films de femmes en prison nous fournissent en outre l’occasion de découvrir la future icône de la blaxploitation fourbissant ses premières armes, la plantureuse Pam Grier. Toutefois, malgré sa fidélité et la présence de Jack Hill derrière la caméra, qui la dirigera dans deux fleurons de la blaxploitation que sont Coffy la panthère noire de Harlem (1973) et Foxy Brown (1974), ce n’est pas à elle que revient le premier rôle du film mais à Anitra Ford, actrice jusque là plus habituée à faire de la figuration. Grande, longiligne et d’une classe folle, même dans la touffeur de la jungle philippine ou lorsqu’elle clame dans un sourire désarmant que le viol ne l’effraie pas tant elle aime le sexe, il n’est nul besoin d’épiloguer sur les raisons qui ont poussé Roger Corman à la mettre ainsi en avant. Par son port altier et cette assurance qu’elle affiche en permanence, elle tranche immédiatement avec ses compagnes d’infortune usées par leur captivité et à la vulgarité affirmée. Plus féline, Pam Grier se retrouve à interpréter le rôle de Blossom, femme à poigne qui fond néanmoins d’amour pour son homme, le soi-disant révolutionnaire Django (Sid Haig). Ce qui ne l’empêche pas de le menacer de lui couper les couilles si elle vient à apprendre qu’il fréquente une autre femme. Quoiqu’il en soit, et dans des registres différents, Anitra Ford et Pam Grier apportent sans mal cette touche sexy inhérente à ce genre de produit.

D’ailleurs, et pour peu qu’on ne soit pas trop regardant, le casting des prisonnières a été savamment orchestré, en offrant pour tous les goûts. Tous les types de femme sont représentés (grandes, minces, petites, girondes…) et celles-ci se montrent peu avares de leurs charmes. A ce titre, nous avons droit à tous les poncifs du genre : scènes de douche, bagarres dans la boue, t-shirts mouillés et j’en passe. Le hic, c’est que Jack Hill ne les transcende jamais, se bornant à une plate illustration des codes du genre sans chercher à faire dans l’érotisme trouble, à l’exception peut-être du supplice que ces demoiselles font subir au gardien-chef à la fin du film. Il œuvre plutôt dans le roman-photo, bien aidé par des actrices qui prennent la pose à la moindre occasion dans des tenues parfaitement étudiées : chemisettes nouées juste au-dessus du nombril et abondamment déboutonnées au niveau de la poitrine ainsi que des shorts très courts ont leur préférence. En vérité, ce camp de travail est un véritable lieu de frustration, ces demoiselles souffrant par-dessus tout de l’absence de contacts physiques avec un homme. Ainsi, elles en sont à activement supplier leurs gardiens (tous gays, pas folle l’administration !) de les laisser participer aux folles surprise-party données par le directeur en l’honneur de fonctionnaires venant visiter les installations. Or seules quelques chanceuses, choisies au préalable, ont le droit de s’y rendre et d’apaiser enfin leur soif de sexe. Paradoxalement, il y a un petit côté femmes libérées qui émane de The Big bird cage. La plupart des prisonnières assument complètement leur féminité et leur libido. Toutes prisonnières qu’elles sont, elles n’en sont pas moins femmes et le font savoir haut et fort. On peut juste juger curieux qu’à l’aune de cette énorme frustration qui sous-tend leur quotidien, aucune d’elles n’ait consenti à avoir des rapports homosexuels. Cette absence démontre le peu d’attrait de Jack Hill pour l’érotisme, au contraire d’un humour qui n’a pas peur de peser des tonnes.
Cet humour émane essentiellement du personnage de Django, prétendu révolutionnaire qui ambitionne de faire un coup d’état. Personnellement, je le soupçonne de se donner un genre pour faire bonne figure devant Blossom. Jouer les chefs révolutionnaires, ça pose son bonhomme, et en plus ça lui permet d’avoir toute autorité sur une poignée de crédules locaux qui croient dur comme fer à sa posture. Il n’empêche que l’idée de s’attaquer à une prison pour femmes pour combler un certain manque affectif –envisagée comme leur prise de la Bastille– n’émane pas de Django (avec Blossom, le bougre est pourvu de ce côté-là, à en faire trembler sa cahute, même) mais bel et bien de ses compagnons de lutte, sans doute un peu las de leur inaction. Bon prince, il se plie à leur demande mais en réalité, il n’a pas plus l’intention de renverser le chef d’état en place que le gardien-chef n’en a de folâtrer avec une dame. Sinon comment expliquer l’absurdité de sa manœuvre, qui consiste en un faux attentat à l’encontre du gouverneur Carlos Rodriguez, pour envoyer Blossom en prison ? Par le je-m’en-foutisme des scénaristes ? C’est une idée qui a du sens, effectivement. Et la seule à même d’expliquer une pareille aberration. Pour le reste, l’utilité de Django se limite à son action d’infiltration au sein du camp en tant que gardien homosexuel avec force œillades envers des collègues tout émoustillés, pour autant de scènes voulues humoristiques. Car soyons honnête, son intervention n’était pas nécessaire, d’autant plus que le bougre n’a pas jugé bon de faire intervenir ses hommes à quelque moment que ce soit, leur intimant l’ordre de rester en retrait au bord d’une rivière. Fatiguées des brimades et de leur abstinence forcée, les prisonnières s’étaient enfin décidées à se révolter, prouvant ainsi leur force de caractère et leur affranchissement du joug masculin. Les hommes, elles veulent en disposer comme bon leur semble et ne plus être leurs obligées.

On en revient donc à ce que je disais plus haut. Le camp de prisonnières sert de métaphore, symbolisant notre société patriarcale, et l’évasion de ses pensionnaires illustre la libéralisation de la femme. Cela ne rend pas pour autant le film meilleur, The Big bird cage restant un piètre film d’exploitation, mais cela a au moins le mérite d’en rendre sa vision moins vaine.



Bénédict Arellano

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