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Beyond Re-Animator. 2003.
Origine : Espagne
Genre : Horreur
Réalisation : Brian Yuzna
Avec : Jeffrey Combs, Jason Barry, Elsa Pataky, Simón Andreu...


Adolescent, Howard Phillips assiste au meurtre de sa soeur par un zombie puis à l'arrestation de celui qui de par ses expérimentations impies est tenu pour responsable, le docteur Herbert West (Jeffrey Combs). Une dizaine d'années plus tard, Phillips (Jason Barry) est devenu médecin. Pour commencer sa carrière, il a choisi un établissement pénitentiaire, celui où est enfermé Herbert West. N'ayant jamais pu supporter de voir sa soeur agoniser, Philipps a toujours voulu poursuivre les travaux de l'assassin indirect de sa soeur, et a même conservé une seringue ayant appartenu à celui-ci, dans laquelle se trouve encore le sérum maudit. Une fois à la prison, une fois West devenu officiellement son assistant, un sujet d'expérimentation ne tarde pas à se présenter. C'est un détenu victime d'une crise cardiaque, et bien entendu l'injection du sérum va le transformer en zombie. Avec un directeur de prison aussi pourri que Brando (Simón Andreu), avec une journaliste aussi fouineuse que Laura Olney (Elsa Pataky), et bien entendu avec un scientifique aussi acharné que West, ce n'est qu'une question de temps avant que la prison soit sens dessus dessous.



Plus de dix ans se sont passés depuis qu'Herbert West a pour la dernière fois fait parlé de lui, dans une première séquelle réalisée par un Brian Yuzna encore débutant. Depuis, le producteur réalisateur a fait son chemin et se retrouve en Espagne à co-diriger sa firme Fantastic Factory avec Julio Fernández. Ce qui permet à quelques jeunes cinéastes espagnols de concrétiser leurs films fantastiques, mais aussi et surtout à Yuzna de tourner ses propres films, et d'en confier d'autres à des amis américains déjà expérimentés. De 2001 à 2007, des neuf films sortis de la Fantastic Factory, seuls trois ont été réalisés par des espagnols, et Yuzna en a lui-même réalisé quatre. Les deux restant étant Arachnid de Jack Solder et Dagon de Stuart Gordon. Il va sans dire que Fantastic Factory n'est pas vraiment le nouveau fer de lance du cinéma fantastique espagnol, même si certains acteurs et techniciens ont pu bénéficier de cette délocalisation américaine. Il n'y avait pas franchement besoin de se déplacer en Espagne pour une adaptation de Lovecraft signée Stuart Gordon, et le coup de araignées géantes de Jack Sholder pourrait aussi bien être un téléfilm de la chaîne SyFy. Quant au troisième volet de Re-Animator, Yuzna a beau tenter de faire croire dans ses interviews que le film est différent de ses deux prédécesseurs en raison de sa conception en Espagne, son argumentaire tombe à l'eau devant l'évidence : Beyond Re-Animator est une sorte de remake du premier épisode de ce qui est désormais une trilogie. Déplacer l'intrigue dans une prison est une bien maigre dissimulation pour un scénario dont chaque personnage un tant soit peu important trouve son équivalent dans le premier film, signé Stuart Gordon : étant le rôle principal, Herbert West ne change pas. Pour le reste, le docteur Howard Phillips (subtile référence à Lovecraft pour faire croire que le film reste lié à son oeuvre -ce qui n'a jamais été le cas-) est la copie de Dan Cain, un médecin naïf trop timoré pour s'opposer à la froide détermination de West, et qui finit par succomber à ses chimères suite au décès de sa petite amie. Dans le rôle de cette dernière, Elsa Pataky remplace Barbara Crampton. Enfin, le directeur de la prison joue le même rôle que le Dr. Hill vingt ans plus tôt, contribuant à envenimer les choses en voulant s'ingérer dans les affaires de West et finissant par devenir le réanimé le plus vilain, avec des prétentions sexuelles sur la copine du compère de West. L'intrigue est construite de la même façon que Re-Animator, avec un crescendo ininterrompu vers le dénouement, et avec plusieurs scènes qui au même titre que les personnages ont droit à leurs équivalents. On retrouve ainsi le zombie cobaye enfermé dans une cellule, la fascination qu'il exerce sur la blonde de service (sa fille dans le premier, une journaliste en quête d'interviews ici) et qui sera à l'origine de tout, l'expérimentation décisive sur un animal, la scène de harcèlement sexuel entre le gros méchant et la blonde et bien entendu le carnage final, véritable enfer en milieu clos (la prison remplaçant l'hôpital). Ce copié-collé quasiment intégral est une preuve assez flagrante de l'opportunisme de Yuzna, dont la démarche n'est pas sans évoquer celle de ses collègues américains, qui au même moment commençaient à entreprendre une série de remakes qui n'est toujours pas tarie à ce jour. Toutefois Yuzna ne veut pas réaliser un remake ouvert, il ne s'autorise pas à reprendre à l'exact identique toutes les scènes marquantes du premier film. Beyond Re-Animator se veut une séquelle, exactement semblable à son modèle sur le fond, mais avec une forme nouvelle. Un peu comme les Vendredi 13 des années 80, dont les scénarios disposaient tous des mêmes piliers, que chaque réalisateur aux commandes essayaient d'exploiter différemment. Yuzna doit donc se débrouiller pour que ceux qu'il maintient du premier film soient aussi réussis que dans le film de Gordon.



Les films du Brian Yuzna réalisateur partagent pratiquement tous la même caractéristique : la démesure grand-guignol, qui à chaque fois vire en bordel pur et simple. Cela a parfois mené à de bons films (Society, parce qu'étayée par une satire de la grande bourgeoisie) mais le plus souvent, c'est juste n'importe quoi. Un peu comme si le réalisateur avait à chaque fois voulu recréer la dernière partie du premier Re-Animator, mais sans y parvenir. C'était déjà flagrant dans Re-Animator II, et ça l'est aussi ici. Le final, le pandémonium dans la prison, dure quarante bonne minutes, à partir du moment où les prisonniers réussissent à s'échapper. Le film qui ne faisait déjà pas grand sens auparavant devient un foutoir indescriptible où le moindre bout de corps est zombifié, on ne sait trop comment, et éventuellement charcuté. Le hic, c'est qu'à vouloir trop en faire, et surtout à démarrer ce climax trop longtemps à l'avance, Yuzna perd forcément de l'intensité en cours de route. Cela s'explique par la fâcheuse tendance qu'a le réalisateur à se disperser entre plusieurs personnages, coupant ainsi le rythme du film. Entre le directeur qui aimerait se faire la blonde Laura, entre un prisonnier plein d'animosité envers West, entre cet autre prisonnier qui se shoote au sérum luminescent, entre l'arrivée de renforts extérieurs, entre la séparation des trois personnages principaux (West, Phillips, Laura) amenant autant de péripéties, ce climax beaucoup trop long est morcelé bien plus de raison. Yuzna a beau mettre le feu dans sa taule et placer n'importe quoi n'importe où (par exemple la moitié de zombie volante ou une bite découpée transportée par un rat -avant que le membre prenne vie et se batte contre le rongeur dans le générique de fin-), rien n'y fait. Sa vision de l'enfer souffre d'un manque de consistance, d'intensité et de folie maîtrisée. C'est le défaut propre à Yuzna.
Pour ce qui est des relectures des ingrédients les plus marquants de Re-Animator, là encore le réalisateur fait ce qui lui passe par la tête. Il transforme le cobaye en zombie mystique, il fait de la scène sexuelle gore un pseudo gag digne des comédies adolescentes (c'est de là que vient le pénis coupé) là où celle de l'originale était plus dans l'exploitation, il en rajoute tant et plus sur le rat domestique... Tout cela ne présente plus cette spontanéité propre au premier film, et pire que tout, ça réduit d'autant plus la part d'Herbert West. Il reste un personnage charismatique, incapable de compassion, manipulateur et incroyablement arrogant, mais il se dilue dans son environnement trop tôt bordélique (sans parler de son assistant, complètement transparent). Et pourtant Yuzna tente de faire un peu avancer ses expériences, en inventant un autre sérum qui serait capable de calmer le premier. Mais ça ne sert à rien, puisque tout se retrouve noyé dans les élucubrations du scénario, ou du moins de ce qu'il en reste. Fait symbolique, même la musique de Charles Band dérivée de Psychose, qui illustrait si bien la structure du film de Gordon et son sens de l'humour très noir, n'est pas utilisée. Bref Beyond Re-Animator est davantage du Brian Yuzna que du Herbert West. Pris dans ses travers habituels, le réalisateur en vient à dénaturer ce qu'il comptait sublimer. Espérons que si House of Re-Animator se concrétise un jour sous la houlette de l'autrement plus talentueux Stuart Gordon, le tir sera redressé. Autrement je ne donne pas cher de la peau de Herbert West, qui dans ce cas ferait mieux de rester où il en est.



Loïc Blavier

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