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Lost Voyage. 2001.
Origine : Etats-Unis
Genre : Bateau hanté
Réalisation : Christian McIntire
Avec : Judd Nelson, Janet Gunn, Jeff Kober, Scarlett Chorvat...




Ah, le Triangle des Bermudes ! En voilà une belle usine à fantasmes ! Que d’hypothèses ont été avancées pour y expliquer ces aussi nombreuses que mystérieuses disparitions de navires et d’avions. Faille spatio-temporelle, intervention extraterrestre voire même l’Atlantide sont invoqués comme autant d’explications à un phénomène qui reste encore à ce jour inexpliqué. Même les théories plus réalistes (météo imprévisible, perturbations magnétiques, gaz éjectés des fonds marins...) peinent à convaincre, laissant cet espace géographique à ses mystères. Chose curieuse, et comme le signalait Loïc au moment de Bermudes : Triangle de l’Enfer, le cinéma a très peu exploité les innombrables possibilités qu’offre un tel endroit, pourtant riches en mythes et légendes. Mais ce que le cinéma ignore, la télévision s’en gargarise. Et c’est ainsi qu’on se retrouve avec ce Bateau des ténèbres, qui tente à sa manière d’exploiter le filon.

En 1972, le bateau de croisière SS Corona Queen s’ajoute à la longue liste des navires ayant disparu en traversant le triangle des Bermudes. Ce fait divers de plus dans les gazettes de l’époque marque à vie le jeune Aaron Roberts dont le père se trouvait à bord ce jour-là. Devenu adulte, il consacre son existence aux phénomènes paranormaux, dans le secret espoir de pouvoir un jour élucider cette affaire. Alors qu’il enquête sur un vieux cas de navire disparu, le SS Corona Queen réapparaît au large des Bermudes, nouvelle qui ravive ses vieux démons. La journaliste Dana Elway, désireuse de faire un beau reportage choc sur le sujet, le convainc de l’accompagner à son bord pour y découvrir tous ses mystères.



Outre le fait d’évoquer Rencontre du troisième type, le point de départ de ce téléfilm présente l’inconvénient de nier tout l’intérêt du Triangle des Bermudes au profit d’une construction plus proche de n’importe quel film de maison hantée. Le Bateau des ténèbres se résume donc à une looongue exploration d’un navire parfaitement conservé (mis à part les vitres brisées de la cabine de navigation, rien ne vient rappeler que le Corona Queen a disparu depuis près de 30 ans) entrecoupée de quelques manifestations ectoplasmiques, histoire de conserver notre attention. C’est maigre, d’autant plus que nous sommes en présence d’un produit à la confection neutre, que l’utilisation d’effets spéciaux numériques contribue à aseptiser davantage. Et puis le téléfilm souffre aussi de sa construction bancale. Pour une durée de 1h30, près de la moitié se retrouve consacré à une fastidieuse introduction. Et lorsque ce qui suit se borne à des errances dans les couloirs d’un bateau de croisière, sans autre enjeu que celui de quitter son bord, il devient inévitable que l’ennui se fasse notre plus sûre compagne, au grand dam de l’angoisse. Pourtant, Christian McIntire a bien tenté d’agrémenter son intrigue d’enjeux périphériques mais faute d’une utilisation cohérente, ceux-ci n’apportent rien.
En fait, des sept personnages qui montent à bord du Corona Queen, seuls deux bénéficient d’une attention particulière de la part du réalisateur. En premier lieu Aaron Roberts dont le traumatisme enfantin doit nourrir le récit. En soi, la perte de son père est déjà suffisamment traumatisante pour qu’elle se suffise à elle-même. Un brin sadique, le scénario ajoute à ça la culpabilité d’avoir laissé comme dernier souvenir à son père le visage d’un enfant capricieux ne digérant pas que sa mère soit remplacée par une autre femme. Dès lors, le Triangle des Bermudes est devenu son obsession. Il tient absolument à en percer le mystère, afin de pouvoir enfin faire le deuil de son père. A ce titre, on s’attend à ce que sa présence sur le bateau même où a disparu son père soit pour lui une expérience particulièrement douloureuse. Attente que corrobore dans un premier temps le scénario puisqu’à bord du navire, la culpabilité de certains passagers semble prendre corps. Or, dans le cas de Aaron, cela ne se manifeste que par l’apparition intempestive de l’image paternelle. Une apparition d’autant plus inoffensive que celle-ci a déjà eu lieu lors de l’introduction, sous forme de flash pendant son sommeil. Et comme pour la première fois, passé l’effet de surprise, ladite apparition n’affecte nullement notre stoïque héros. Imperturbable, il continue d’arpenter le navire de long en large avec ses petits appareils et ce au mépris des règles de sécurité édictées par David Shaw, propriétaire et chef des opérations, dont la plus élémentaire est de ne pas rester seul. Il en va autrement pour Dana Elway qui sous ses airs de femme à poigne, craque à la vision du spectre de sa mère, euthanasiée par ses soins alors qu’elle était adolescente. Devenue depuis la présentatrice vedette d’une émission à sensation, elle a enfoui sa culpabilité au plus profond de son être. Tout à son métier, elle voit d’un mauvais œil la montée en grâce de sa jeune collaboratrice aux dents longues, sentant le vent tourner en sa défaveur. C’est la perspective de perdre sa place de choix au sein de sa chaîne qui la pousse à organiser cette folle équipée. Elle estime que l’histoire de Aaron peut être le terreau fertile à un reportage riche en spectaculaire et en pathos. A la suite de ce personnage, on voit venir à des kilomètres le thème de la télé poubelle et de ces présentateurs sans scrupules qui adorent exploiter la tristesse des gens. Curieusement, ce sous texte ne viendra jamais phagocyter l’intrigue principale, pas plus que la guéguerre entre les deux journalistes, qui se limitent à quelques regards en coin. On pourrait évidemment s’en réjouir sauf que ce non développement est symptomatique d’un script qui ouvre plusieurs pistes sans en emmener aucune à terme. De fait, on ne comprend pas vraiment où veut en venir le réalisateur. Les spectres, par exemple, se font belliqueux ou passifs, selon l’importance du personnage. Quant au Triangle des Bermudes en lui-même, considéré ici comme une porte s’ouvrant sur les Enfers, il ne sert que de toile de fond juste bon à égayer le film de quelques plans 100% synthétiques. C’est tout de même dommage de limiter ce haut lieu de l’étrange en une sorte de portique au loquet fermant mal et qui s’entrouvre au moindre courant d’air !



Sans être une catastrophe, ce Bateau des ténèbres manque trop de caractère pour sortir de l’ordinaire de la production télévisuelle. Ça manque de frisson, voire même de passion. Et en raison du côté trop propret du duo vedette (Judd Nelson, le rebelle de Breakfast club et Janet Gunn, Cassy St John dans la série Les Dessous de Palm Beach), les rares bons moments sont à mettre à l’actif des seconds couteaux dont le prolifique Lance Henriksen et Jeff Kober. Au moins réussissent-ils à insuffler une once de vitalité à un récit des plus léthargiques.

Bénédict Arellano

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