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Bandolero !. 1968.
Origine : Etats-Unis
Genre : Western
Réalisation : Andrew V. McLaglen
Avec : James Stewart, Dean Martin, Raquel Welch, George Kennedy...


Cinq hors-la-loi sont sur le point d’être pendus au sein de la petite ville de Val Verde, lorsque Mace Bishop dont le petit frère Dee fait partie du peloton, dépouille le bourreau en plein désert pour se substituer à lui afin de libérer ces quatre renégats sur le point d’être rayés de la carte. Le plan fonctionne à merveille et les bandits s’échappent tant et si bien qu’une grande partie de la bourgade est désertée par le shérif Johnson, son adjoint Roscoe et surtout une bonne partie des habitants pour le coup spoliés de leur exécution et partis eux aussi à leurs trousses aux côtés dudit shérif.
Mace passe devant la banque, se dit « non, quand même, ce serait trop facile, trop évident », la ville est quasi déserte, la banque tout autant, ma foi, il rentre et se fait ‘servir’ un magot conséquent qu’on lui mettra gentiment dans sa sacoche avant qu’il parte retrouver son jeune frère et ses acolytes au Mexique où ils seront à l’abri de la loi. Mais que nenni ! passé la frontière mexicaine, les bandits locaux (les bandoleros donc) semblent bien plus sauvages que ces nobles renégats Yankees...

Petit rappel sur le metteur en scène avant toute chose. Il s’agit du fils d’un des acteurs fétiche de John Ford, Victor McLaglen (abonné aux rôles de gros sergent patibulaire mais bon enfant), et c’est donc en héritier de Ford que McLaglen Jr. a commencé à pondre du western au milieu des années 60 alors que celui-ci était à l’article de la mort, tentant par là-même d’en faire perdurer la tradition, sans beaucoup de bonheur, enfin selon moi, puisqu’on lui doit un petit paquet d’oeuvrettes relativement solides mais sentant surtout le manque de personnalité en même temps qu’ils semblent totalement emblématiques de la fin (s’il y en a une) du genre.
A cet égard on retiendra des films assez mous du genou comme Les Prairies de l’honneur, Rancho Bravo pour les plus faibles et Chisum ou justement ce Bandolero ! pour les meilleurs.

Mais qu’est-ce qui fait donc la différence ici ? Et bien pas grand-chose en fait… et si le film reste très agréable à suivre, il reste des plus classique et surtout manque de rythme et pour tout dire de souffle. C’est bien dommage du reste, car on sent bien là l’influence du western spaghetti en plein faste, avec des séquences plus sauvages et brutales qu’à l’ordinaire, un contexte plus exotique également, et des héros fatigués emprunts d’une immoralité mélancolique chère au genre transalpin, qui donne sa petite épaisseur à ce qui n’est qu’à la base que prétexte à divertir. De même, il y a une noirceur dans ce film-ci et même un pessimisme foncier que l’on peut légitiment trouver étonnant de la part d’un digne héritier du classicisme Fordien et qui plus est pour un film de pure distraction. Le spectateur repartira amer du sort réservé à nos héros fatigués et vérifiera une fois de plus que sa sympathie va assez aisément aux dépouilleurs de banques et autres crapules tant qu’on les rende humains, avec cette lassitude qui leur colle aux bottes et les amène à chercher sinon une rédemption, le repos.

Les autres atouts du film restent assez simples. D’un côté on a des acteurs ici au firmament, voire au crépuscule de leur carrière et cela leur sied bien. D’un côté un Dean Martin vieillissant qui en a marre de courir et prend conscience qu’un larcin en a entraîné un autre jusqu’à ce que sa vie ne soit plus faite que de ça, de l’autre, le grand frère, un brin moral mais protecteur qui semble lessivé (ce qui ne l’empêchera pas de cambrioler la banque par coïncidence), mais trouve une nouvelle jeunesse dans le support qu’il apporte à son jeune frère. J’irai même plus loin, on a le sentiment que chacun aurait aimé être l’autre, même si dans leur rapport fraternel chacun assiéra sa position vis-à-vis de l’autre, l’admiration est tue mais réciproque. De fait le film fonctionne sur un tandem riche et équilibré.
Ailleurs, on a bien Raquel Welsh qui ma foi s’en sort honorablement sans faire non plus des étincelles, avec en sus une histoire d’amour tirée par le chignon, mais surtout un George Kennedy parfait en shérif tenace (à noter que celui-ci venait tout juste de se voir décerner un Oscar pour sa prestation au sein du très bon Luke la main froide). Tenace donc, mais ce qui étonne d’avantage, c’est son côté absolument non revanchard. Soit, il les traque à l’aide son adjoint (Andrew Prine, qui lui en revanche à bien du mal à convaincre – question de physique peut-être), mais de même on sent en lui un respect pour ces deux bandits qui pourtant l’ont fait marron comme un novice. C’est assez étonnant à mon sens pour être signalé. Si l’on fait le bilan des acteurs, c’est tout de même assez tranquillement que James Stewart remporte la palme avec une formidable interprétation et une grande classe – même ses habits semblent beaux - et à lui seul rehausse d’un ton l’ensemble et surtout sa réalisation encore une fois bien trop sage pour ce qu’il y a dedans.
Heureusement aussi que la partition livrée par Jerry Goldsmith est assez formidable. Toute en basses laconiques, elle réussie l’exploit d’insuffler une partie de rythme manquant en même tant que de lisser la tonalité mi-humoristique mi tragique dans laquelle le film navigue.

Quoi d’autre encore ? Ah oui, ce qui brouille encore un peu les cartes (mais c’est tant mieux), c’est d’un côté un traitement amoral et pessimiste - quoique la fin tragique tend à me faire penser que la morale reprends le dessus - et un fond réactionnaire, dans lequel la justice n’est jamais remise en cause, elle doit se faire, à l’image de George Kennedy qui ma foi ne fait que pratiquer son métier comme il faut, et puis peut-être un fond raciste avec ces bandits mexicains tellement prêts à violer, tuer tout ce qui bouge, avec un chef doté d’une gueule comme c’est pas permis afin de souligner la raclure qu’il peut être. Soit on prendra le prétexte du divertissement, mais si l’on remplace les Bandoleros par des Indiens, c’est un peu la même chose en puant un peu plus du bec. On n’en voudra pas trop à Andrew MacLaglen de cela pour la simple raison que celui-ci ne semble pas vouloir (ou savoir) pratiquer un cinéma réflexif sur lui-même, un cinéma qui se remet en cause, du coup, il reprend assez bêtement le manichéisme fait de gentils héros et de bandits étrangers sanguinaires. C’est bien dommage qu’il n’ait pas plus étoffé cet aspect du film, dire qu’on attend que la milice mexicaine revienne mettre de l’ordre à tout ça parle en soi...

Excepté ce fait ou cet aspect que j’ai cru personnellement décelé, j’encourage à découvrir ce film sympathique et bancal, mais doté d’un charme certain. Il faut dire aussi que je l’avais découvert enfant à la télévision et que j’en avais un souvenir IMPERISSABLE… J’avais pu le revoir il y a une dizaine d’années, il m’avait fortement déçu (forcément me direz-vous !), je viens de le revoir à nouveau, le niveau du film semble se situer finalement entre les deux.

Gilles Vannier

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