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La Reazione a catena. 1971.
Origine : Italie
Genre : Giallo
Réalisation : Mario Bava
Avec : Anna Rossati, Leopoldo Trieste, Claudine Auger, Luigi Pistilli...




Au début des années 70, Mario Bava crée un nouveau genre et lui donne son chef d’œuvre avec un seul et même film. Le genre : le slasher, son chef d’œuvre : La Baie sanglante (titre français idiot et limitatif qui ne ressemble en rien au titre original : Reazione a catena, littéralement "réactions en chaînes". Signalons également que les Américains, plus inspirés, lui ont donné un autre titre évocateur : Twitch of the death nerve, ce qui peut se traduire par le "spasme du nerf de la mort") mais ne nous éloignons pas du sujet.
Le film commence par l’assassinat d’une comtesse par son mari. Il l’étrangle au moyen d’une corde en chanvre et fait croire à son suicide. Mais à peine l’a-t-il tué qu’il se fait assassiner à son tour, poignardé par un mystérieux assassin qui fait disparaître son corps. Le lendemain, quatre jeunes étudiants arrivent sur les lieux, et entrent par effraction, bien décidés à s’amuser. Mais le mystérieux tueur rôde toujours, et semble bien parti pour faire disparaître toute personne ayant une relation avec la maison de la comtesse…

Rassurons tout de suite le public lassé par tous ces slashers ennuyeux et mous, au scénario indigent et aux meurtres identiques. Ici rien de tout cela. Si le scénario n’est effectivement pas très malin, il faut reconnaître à Bava un grand talent pour la narration. Jamais on ne s’ennuie, le réalisateur fait intervenir de nouveaux personnages mystérieux au bon moment, il complique l’intrigue sans jamais perdre le spectateur, et en dévoile les zones d’ombres quand il le faut, sans redondances… Toute l’histoire est parfaitement bien huilée, d’une rare efficacité. Les différents personnages sont présentés en quelques plans rapides, sans fioritures. Mais derrière ce que Bava nous montre, se cache à chaque fois un élément mystérieux, qui conduit le spectateur à soupçonner, l’un après l’autre, les différents protagonistes.



La mise en scène est aussi pour beaucoup dans la réussite du film. Bava accumule les grands mouvements de camera, précis et amples, qui conviennent parfaitement pour filmer la baie. Signalons à ce propos le très bon travail du directeur de la photo, responsable de ces très belles images à l’aspect velouté. Le réalisateur sera aussi l’instigateur de nombreuses scènes devenues "iconiques" comme ce plan sur les gants noirs de l’assassin, repris dans tout les giallos, ou encore ces gros plans récurrents sur les yeux d’un voyeur, d’un espion, en partie dissimulé par des branchages…
La plus part des meurtres sont entourés de toute une mise en scène, qui garanti leur efficacité. En plus de leur aspect graphique et méchamment gore. En effet La Baie sanglante peut sans peine figurer dans la liste des films les plus gores de l’époque, à coté de I drink your blood et des films de Herschell Gordon Lewis.
Mais le réalisateur italien ne se contente pas de faire gicler le sang, il est aussi très inventif dans ses meurtres, ainsi on peut voir une jeune femme est égorgée en pleine course, deux amants sont embrochés par une lance pendant un coït, ou encore un jeune homme la tête fendue par une machette… Toutes ces scènes sont devenues "cultes" et on été de nombreuses fois reprises, par le Vendredi 13 de Sean Cunningham en tête.
On est loin du Bava gothique du Corps et le fouet ou du Masque du démon, ici les gens souffrent et agonisent dans des gerbes de sang, pourtant on ne peut nier que Bava soigne beaucoup ses meurtres, et crée une sorte de poésie macabre à nouveau. Enfin, le film se clôt admirablement sur une scène terriblement cynique qui laissera le spectateur KO.

Bref La Baie sanglante, à cause de son caractère radical et excessivement violent est une œuvre un peu à part dans la filmographie de Mario Bava. Mais le film reste vraiment excellent, tant tous ses aspects, le scénario, la musique et la mise en scène, sont maîtrisés et efficaces plus de trente ans après sa réalisation.



Arnaud Schilling

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