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Münchhausen. 1943.
Origine : Allemagne
Genre : Aventures fantastiques
Réalisation : Josef von Báky
Avec : Hans Albers, Wilhelm Bendow, Brigitte Horney, Michael Bohnen…




Adaptées d’un livre s’inspirant lui-même de la vie du vrai Baron de Munchausen, un militaire de la fin du dix-huitième siècle, ces Aventures du Baron de Münchausen ne sont rien d’autres qu’une superproduction conçue pour les vingt-cinq ans des studios d’Etat UFA, en Allemagne. Un film financé avec les fonds illimités alloués par Josef Goebbels, ministre de la propagande du troisième Reich, et qui cherchait alors probablement, pendant la guerre, à faire oublier la triste situation du pays à la population, en lui fournissant des films comme celui-ci, basés sur l’imaginaire et non sur des références politiques et idéologiques concrètes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, rien ici ne reflétera les idées nazies, et le poste de scénariste échouera même à une personne désavouée par le régime, même si ici sous couvert d’anonymat. Vraiment surprenant, et le résultat, disons-le tout de suite, est assez grandiose. Tout le film se consacre en effet à l’établissement d’un monde hors normes, allant des plus hautes sociétés d’Europe au monde lunaire habité, dans lequel le Baron de Münchausen, un aventurier et un coureur de jupons, immortel depuis qu’un magicien lui attribua la faculté de refuser le vieillissement, vivra de nombreuses péripéties relevant parfois du domaine du fantastique tout droit issu des fables.
Et le film eut assurément les moyens de remplir les exigences d’un script aussi fantasque que son personnage principal. Outre un casting composé des stars allemandes de l’époque (parfois ressorties de la disgrâce dans laquelle elles étaient plongées), on trouve des décors somptueux et en couleurs rendant à la perfection tout le luxe des mondes visités par Münchausen, comme bien entendu la lune et ses arbres sur lesquels poussent des enfants, mais aussi la cour de la Tsarine Catherine ou encore le palais du Sultan turc. Liste non exhaustive. De quoi largement oublier les ruines de la guerre, et de quoi encadrer avec l’exubérance qu’il convient une galerie de personnages exubérants dont le Baron est loin d’être le seul représentant. Tout le film verra défiler des allumés en tout genre, brassant les références sexuelles explicites, défiant les règles de la bienséance autant que les lois de la nature, et n’étant pourtant jamais à l’abri de la destinée. Seul Munchausen l’est, lui qui ne vieillit pas, et qui bénéficie de quelques autres possibilités offertes par la magie. Ses discours autant que ses actes prôneront la liberté, la frivolité, et l’humanisme. Il finira tout de même par se poser quelques questions sur son statut d’immortel, et sur le temps qui passe, le voyant continuer à profiter de la vie tandis que les autres dépérissent. Il se dédouanera également de toute implication politique en déclarant tel quel qu’il recherche le plaisir et non le pouvoir. Un comble pour un film financé par Goebbels sur les fonds du troisième Reich ! Même le fait que cet héros qui va de pays en pays conquérir les cœurs et défaire des « méchants » ne pourra prêter à ambiguïté, tant l’humour dont le film fait preuve retire toute trace de prise au sérieux et plonge le spectateur dans un spectacle aussi fascinant que jubilatoire. Trop en dire retirerait l’intérêt de ce spectacle hors normes, autant à part dans le paysage cinématographique nazi qu’il l’était et demeure toujours dans le paysage cinématographique mondial. Une réussite en tous points, qui malheureusement connut les affres du temps et des distributeurs (y compris après-guerre) en étant réduit de sa durée initiale de deux heures et quart à une modeste heure et demie, avant d’être restaurée à un peu plus d’une heure quarante par la fondation Murnau. Gageons que les scènes manquantes ne relèvent pas non plus de la propagande et qu’elles auraient sûrement contribué à prolonger le plaisir donné par ce magnifique film.



Loïc Blavier

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