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The Adventures of Buckaroo Banzaï across the 8th dimension. 1984.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction délirante
Réalisation : W.D. Richter
Avec : Peter Weller, Ellen Barkin, John Lithgow, Jeff Goldblum...




Buckaroo Banzaï est un homme aux multiples facettes. Mi-japonais, mi-américain, le bonhomme excelle dans tous les domaines : musique, arts martiaux, physique, neurochirurgie,… Avec l’aide du professeur Hikita, il a mis au point un bolide permettant d’atteindre la huitième dimension, celle qui se situe à l’intérieur de la matière solide. Il a réussi là où un autre éminent savant, le professeur Emilio Lizardo, avait échoué quelques décennies auparavant. Mais tout parfait qu’il soit, Buckaroo a par sa réussite mis la Terre en danger. Des extraterrestres renégats veulent se servir de son processeur pour retourner chez eux, ce que les Lectroïds de la planète 10 goûtent fort peu. Leur chef pose donc un ultimatum à Buckaroo, menaçant de déclencher la troisième guerre mondiale entre l’URSS et les Etats-Unis si il ne parvient pas à détruire ces renégats d’ici 24 heures.



Jusqu’alors plus connu pour ses scénarios (notamment L’Invasion des profanateurs de Philip Kaufman et le Dracula de John Badham), W.D. Richter passe à la réalisation en 1984 avec un drôle d’objet filmique au titre interminable, Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8ème dimension. Ce film évoque un probable apocalypse, jouant sur les tensions persistantes entre les deux blocs qui régissent le devenir de la planète. Une tension que le réalisateur répercute sur une peuplade extraterrestre –les Lectroïdes, habitants de la planète 10– dont les renégats sont qualifiés de Rouges. W.D. Richter joue donc sur le terrain de la Guerre Froide sans pour autant attiser la crainte des communistes comme ses collègues des années 50, usant pour cela d’un brin d’humour. Son film ne parle pas d’invasion mais plutôt d’évasion d’extraterrestres, déjouant ainsi les codes généralement usités dans le cinéma de science-fiction. Si la sauvegarde de la planète Terre est de mise, elle l’est sur un mode inédit puisque notre bonne vieille planète ne constitue plus cet eldorado tant convoité par des intelligences dites supérieures. Bien au contraire, elle ne sert ici que de geôle pour des dissidents dont leur leader lord Whorfin est considéré comme un boucher sanguinaire pire que notre malfaisant Hitler, dixit les dialogues. Un statut pénitentiaire prompt à ramener l’être humain à plus d’humilité quant à la place qu’il occupe véritablement dans l’univers.
D’humilité justement, les scientifiques en manquent cruellement, et principalement au cinéma ou dans la littérature. Et même lorsque leurs intentions sont bonnes, ils pêchent par naïveté, ne se doutant pas des usages néfastes que certains mauvais bougres pourraient en tirer. Il n’en va pas autrement avec Buckaroo Banzaï, touche-à-tout de génie qui peut le matin s’acquitter avec succès d’une délicate opération du cerveau, et dans la foulée passer le mur du son et voyager à travers la matière solide dans un véhicule de sa création. Au fond, sa trouvaille n’apporte rien à l’humanité. Tout au plus cette nouvelle réussite ajoute à son prestige et assoit encore davantage la renommée de son propre institut. Buckaroo est un boulimique dont la faim d’adrénaline et de constantes recherches le conduit à être à l’origine de la lourde menace qui pèse sur la Terre. Cependant, il en incarne aussi le seul recours possible. Buckaroo Banzaï est donc un personnage éminemment positif, respecté de tous et dont les diverses aventures font l’objet d’un comics. Qui plus est, son statut de star du rock (FM le rock, pas vraiment n’roll) lui vaut une horde de fans tous prêts à lui venir en aide au moindre pépin, à l’image de Casper et son fils. Avec son aura, ses gros moyens et l’appui du groupe The Hong Kong Cavaliers, dont chaque membre porte un drôle de surnom (Rawhide, Perfect,…), Buckaroo Banzaï a tout du super héros. D’ailleurs, ses aventures sont volontairement feuilletonesques et baignent dans l’absurde le plus total. Mais un absurde traité au premier degré avec un flegme tout britannique. Ainsi, personne ne s’étonne de cette présence extraterrestre. Celle-ci liée à la menace qu’ils font planer sur la planète ne perturbent pas plus que ça un président des Etats-Unis bien plus préoccupé par ses douleurs dorsales que par ce qui se trame. A leur propos, il signe une déclaration de guerre (la version courte !) aussi simplement que si il s’était agi d’un quelconque autre pays. Si la menace est d’importance, sa résonance ne l’est pas. La population demeure dans l’ignorance, marquant la volonté d’un réalisateur d’éviter toutes les scènes d’hystérie inhérentes au genre. Et puis cela participe au grand mystère qui entoure d’ordinaire ce genre d’affaire, générateur de mille fantasmes et de toute une mythologie axée autour de la zone 51. Le problème se règle en famille, dans le plus grand des secrets. Auteur du scénario du remake de L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel, classique du cinéma de science-fiction marqué par la guerre froide, W.D. Richter reste dans cette ambiance, jouant sciemment d’une imagerie très années 50 des extraterrestres. Leur représentation trahit leur aspect factice sans pour autant nuire au film qui, au contraire, se nourrit de cet archaïsme. En fait, le réalisateur télescope à loisir des éléments fantastiques très années 80 (la Jet-car) à d’autres venus tout droit des années 50, orchestrant ainsi un joyeux fouillis qui confère au film sa tonalité unique. Il n’en fallait pas plus pour que Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8ème dimension génère un petit culte. Pourtant, si on ne peut nier son côté atypique, cela ne suffit pas à rendre le film inoubliable.
Les Aventures de Buckaroo Banzaï pêche par son rythme, lequel passé la scène d’introduction (l’essai de la Jet-car) demeure désespérément plat. Il s’agit là du contrecoup logique du parti pris initial de tout rationaliser. Les différents personnages ne s’étonnant de rien, et ne s’inquiétant pas davantage pour ce qui risquerait d’arriver, les diverses péripéties s’enchaînent sans qu’on ne ressente une quelconque montée d’adrénaline. Certes, W.D. Richter n’excelle pas dans le domaine de l’action mais même lorsque des personnages a priori importants comme des membres du groupe de Bukaroo Banzaï viennent à mourir, l’histoire ne semble pas vouloir prendre en compte cette donnée et poursuit imperturbablement son petit bonhomme de chemin. Et puis à multiplier les personnages, le réalisateur prend le risque d’en laisser plus d’un sur le carreau, ce qui arrive inévitablement. Penny Priddy, par exemple, n’apporte rien au film. La pauvre Ellen Barkin traverse tout le film comme une ombre, toujours en retard par rapport à l’intrigue et paumée d’un bout à l’autre. Enfin, ça c’est dans les faits. Dans les intentions, elle est censée apporter un peu d’humanité à la figure du héros infaillible qu’est Buckaroo Banzaï. Sœur jumelle de son épouse subitement disparue, sa présence doit mettre au jour la fêlure que Buckaroo tente de masquer sous sa carapace de mec génial. Or cela ne fonctionne jamais, leur relation étant constamment parasitée par les péripéties du récit. Rien n’a le temps de se nouer entre eux et Penny en est donc réduite à sa plus simple expression : la demoiselle en détresse que le héros doit sauver. Néanmoins, si tout demeure sous contrôle du côté des « bons », on peut au moins compter sur les Lectroïds renégats pour apporter un peu de leur folie au film. Portés par un John Lithgow déchaîné, ces extraterrestres nous gratifient de quelques savoureux moments de drôlerie. Parmi eux, on notera les joutes verbales entre le premier nommé et Christopher Lloyd qui joue un Lectroïd particulièrement irritable lorsqu’on écorche son nom.



Film loufoque qui semble considérer le tout délirant comme une fin en soi, Les Aventures de Buckaroo Banzaï à travers la 8ème dimension démontre surtout les limites de W.D. Richter en tant que réalisateur, incapable de donner une quelconque dimension à ses personnages, Buckaroo Banzaï en tête, fade et se prenant beaucoup trop au sérieux. Curieusement, il échoue là où, simple scénariste, il fournira la base à John Carpenter d’une petite merveille de série B déjantée, l’incontournable Les Aventures de Jack Burton dans les griffes du mandarin.

Bénédict Arellano

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