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Avatar. 2009.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction / Aventures
Réalisation : James Cameron
Avec : Sam Worthington, Zoe Saldana, Sigourney Weaver, Stephen Lang...


Tranchons dans le vif. Avatar est un grand film.

Mais. Car oui il y a au moins un mais... Le scénario est très convenu et s’offre quelques personnages un peu trop stéréotypés.
Sauf que... Sauf que c’est du James Cameron. Et que James Cameron, il aime bien les personnages comme ça, les personnages un peu manichéens et stéréotypés où la psychologie est fortement limitée. Et franchement, on s’en fout un peu non ? Car malgré tout, putain, quel plaisir il nous procure le bougre !

Car on va en entendre sur ce film ! Qu’il est écolo, un peu politique, peut-être engagé, sans doute critique sur notre société de consommation, mais on oublie peut-être l’essentiel : le divertissement !
Car quel divertissement ! Que d’idées visuelles ! Quelle imagination ! Quelle maîtrise de son sujet ! Cameron a bâti le film qu’il avait en tête avec des moyens exceptionnels, et le résultat est tout simplement incroyable ! Depuis quand le cinéma ne nous avait pas servi un film, un pur divertissement d’une telle qualité ? Alors en sortant, j’ai fouillé dans ma mémoire et me suis demandé quels films avaient eu cette qualité de révolutionner à la fois le visuel et d’apporter un divertissement d’une qualité aussi puissante. J’ai trouvé Jurassic Park, Star Wars épisodes 4, 5 et 6, et puis rendons à César ce qui est à César, la trilogie du Seigneur des Anneaux. Car c’est en voyant l’œuvre de Peter Jackson que le père Cameron s’est dit qu’il pourrait enfin mettre son projet sur les rails.
Et le résultat, je le disais, est incroyable. Ce qu’a créé James Cameron semble tellement vrai, tellement vivant, tellement réel, qu’on se laisse emporter dans l’univers de la planète Pandora sans jamais se dire que ce que l’on voit, c’est du cinéma. La forêt et tous les paysages imaginés et créés pour l’occasion, les animaux et les personnages, ont une telle dynamique, une telle expression, une telle logique, qu’il ne vient pas à l’esprit de se dire que ce n’est que de la science fiction.
Car des films de SF, ou des films fantastiques, on en a mangé, et même des plutôt bons. Mais jusqu’à présent, et ce n’est qu’un avis purement subjectif, rares sont les fois où je me laissais porter entièrement dans l’univers. Là, la planète sur laquelle nous embarquons a tout d’un écosystème logique dans lequel chaque espèce y a sa place et son rang.

Ainsi, nous pourrions résumer ce film de 2h40 par l’arrivée sur la planète Pandora d’un ex-marine, Jack Sully, devenu infirme (il a perdu l’usage de ses jambes) et qui va être intégré au programme Avatar, c'est-à-dire qu’il va entrer dans la peau d’un être créé génétiquement qui ressemble aux Na’vi, des humanoïdes vivants sur Pandora. Les avatars sont pilotés à distance grâce à des caissons spéciaux. Jack retrouve ainsi l’usage de ses jambes lorsqu’il pilote son avatar. Il rencontrera ainsi Neytiri, une Na’vi qui va l’intégrer à sa tribu (tout en ayant conscience qu’il est un humain) et qui va lui apprendre ce qu’est être un Na’vi.
Parallèlement à ça, un groupe industriel qui s’est installé sur Pandora pour récolter un minerai très rare, cherche à exclure la tribu Na’vi de son habitation (un arbre géant) car ils vivent sur une mine gigantesque.

A travers l’éducation de Jack aux rites et coutumes Na’vi, on découvre une toute nouvelle civilisation avec sa propre langue (des linguistes ont travaillé dessus), ses propres croyances… C’est un peuple en harmonie totale avec la nature dont le degré de civilisation en est à l’arc, si l’on peut mesurer une civilisation sur ses armes. Mais c’est bien là où veut en venir James Cameron. On opposant ainsi deux civilisations complètement différentes, il prend là le contre-pied de ce que l’on a l’habitude de voir, c'est-à-dire des extra-terrestres dont la technologie est supérieure à la notre. Ici, les humains surpassent de loin les Na’vi, mais ils ne veulent pas prendre le gisement de minerai par la force, sauf si les Na’vi les y obligent. Ils les y obligeront bien sûr...
Ainsi, James Cameron prend son temps. Car il est bien conscient que ce qu’il a créé est tellement riche que le spectateur veut en voir au maximum. L’initiation de Jack Sully nous emmène un peu partout sur la planète Pandora où l’on peut ainsi voir des montagnes suspendues, des oiseaux géants ressemblant à des dragons, une flore riche et qui s’illumine la nuit… L’aspect visuel, bien évidemment, est un des points forts du film, mais c’est surtout ces centaines, que dis-je, ces milliers de détails fourmillants partout sur nos écrans qui rendent ce film si particulier, si exceptionnel.

Nous voilà plongés dans une aventure hors du commun de par l’endroit où ça se déroule, mais surtout bien commune par son peu d’originalité. Les humains qui veulent massacrer des peuplades « inférieures » pour prendre leurs terres, ce n’est pas nouveau… Bien sûr, on pense aux Indiens d’Amérique par exemple. Alors parmi les humains, certains vont refuser une telle évidence, que l’histoire se répète. Ils vont refuser d’admettre que l’on doit prendre ce que l’on désire en s’imposant par la force. On pense à des sujets d’actualité, l’Irak par exemple. Ou quand les Etats-Unis envahissent un pays pour du pétrole...

Alors tout ça, Cameron il le dit, et on y voit bien ce que l’on veut. Le reproche à faire à cet homme, c’est qu’il n’est pas très subtil. Son message est clair, écolo évidemment, mais manque de subtilité et reste très manichéen. Mais je suis persuadé que Cameron est ainsi, il l’avait déjà fait avec Abyss, et je n’avais pas trouvé ça grave, parce que je trouvais ainsi le message à la portée de tout le monde.

Quoiqu’il en soit, on en prend plein la vue ! Jack Sully nous fait vivre une grande aventure qui manque peut-être un peu de suspense. Le film ne repose que trop sur sa richesse visuelle. On sait comment ça va finir, car ça ne peut pas en être autrement, parce que sinon, il n’y aurait plus d’espoir pour nous. Et comme ça reste avant tout un pur divertissement, le tout est très convenu.
Pour autant, j’avoue que ça ne m’a pas tant gêné que ça. Parce que tout était grandiose, parce que tout était superbe, parce que les Na’vi sont terriblement beaux, et qu’ils semblent finalement avoir tout compris. Que la réalisation de Cameron est un exemple de maîtrise, que les scènes de pure action sont toujours aussi nerveuses, et que Cameron, en bon faiseur de films d’actions qu’il a été, n’a rien perdu de sa maestria.
Les acteurs font aussi un bon boulot. Tantôt Na’vi tantôt humains, ils réussissent à rendre crédibles leurs « transformations ». On est plutôt ravis de revoir Sigourney Weaver en femme forte bien qu’elle n’ait pas ici le premier rôle. Sam Worthington, l’étoile montante du cinéma hollywoodien qu’on a pu voir dans Terminator Renaissance, réussit magnifiquement à montrer toutes les subtilités de son personnage, d’abord infirme, puis Na’vi dans toute sa puissance et sa splendeur. Chaque Na’vi est d’ailleurs formidable, et les acteurs qui les campent font oublier qu’ils sont des comédiens. La réalité les a rattrapés. Zoe Saldana (vue dans Star Trek) campe une magnifique Na’vi. Reste Stephen Lang. Une véritable gueule de cinéma qui ne campe là qu’un militaire obstiné qui veut tout péter. Raciste, borné, bête à souhait, manichéen, stéréotypé, voilà le personnage le moins intéressant. Il est le méchant par excellence, celui qui est désigné pour être détesté. Alors Lang ne s’en sort pas si mal, puisqu’on le déteste, mais voilà peut-être ce qui est le plus dommageable dans le film de Cameron, l’apparition de personnages manquant terriblement de relief, ce dont la planète Pandora ne manque pas !

Voilà donc un film dans l’air du temps. Ecolo, un peu politique. James Cameron nous livre une œuvre d’une qualité visuelle rare qui pêche par un scénario un peu trop convenu. C’est dommage. Cela reste néanmoins une grande fresque, c’est rempli d’aventure, d’un peu d’humour, de tendresse, de courage, et puis c’est épique, et on ne s’ennuie pas durant l’intégralité du film.
Reste que j’espère très franchement une version longue où l’on pourra voyager un peu plus et en découvrir davantage de cette planète Pandora qui a encore de belles choses à nous montrer.

Jérémie Conde

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