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Avalanche. 1978.
Origine : Etats-Unis
Genre : Film catastrophe
Réalisation : Corey Allen
Avec : Rock Hudson, Mia Farrow, Robert Forster, Barry Primus...




Lorsque sort Avalanche en 1978, la mode des films catastrophes touche à sa fin. Tous les sujets possibles et imaginables susceptibles de générer de belles catastrophes ont déjà été abordés et, faute de renouvellement, la lassitude commence à gagner les spectateurs. Toutefois, il demeure un domaine que le genre n’a pas encore exploité, la haute montagne. Que Roger Corman s’y soit collé n’étonne guère tant le bonhomme a le chic pour surfer sur la vague du moment, lorsque ce n’est pas carrément lui qui s’en trouve à l’origine, et qu’il ne pouvait décemment pas occulter celle-ci. Nanti de deux têtes d’affiches, condition sine qua non pour tout film catastrophe qui se respecte, l’habile producteur confie les rênes de son projet à Corey Allen, téléaste chevronné qui s’attelle là à son troisième film seulement (et dernier).

L’ambitieux homme d’affaires David Shelby (Rock Hudson) est tout excité devant l’imminence de l’inauguration de sa grande œuvre, une station de sports d’hiver. Pour l’occasion, il a convié son ex femme Caroline Brace (Mia Farrow), dont il aimerait bien regagner les grâces. Tout à sa joie, David écarte d’un revers de main les avertissements de Nick Thorne (Robert Forster) quant aux risques d’avalanches, accentués par la recrudescence d’arbres abattus en amont de la station. Lorsqu'arrive le jour de l’inauguration, tout se déroule au mieux, jusqu’à ce qu’un avion de tourisme s’écrase malencontreusement au sommet de la montagne, provoquant l’avalanche tant redoutée.



Autant mettre cartes sur table dès le départ, ledit accident n’intervient qu’au bout de 50 minutes de film. Avant d’en arriver là, il nous faut supporter une fastidieuse mise en bouche en compagnie de personnages plus insignifiants les uns que les autres. Cette longue introduction répond au cahier des charges du genre, suivant lequel nous devons d’abord faire connaissance avec les différents protagonistes du film afin de mieux trembler pour eux par la suite. Enfin ça, c’est dans les intentions. Dans les faits, la présentation des divers personnages occasionne généralement tout un ramassis de clichés et d’archétypes, dont la surabondance n’est pas étrangère à la défection du genre. Ici, il n’est quasiment question que d’histoires de fesses. Si David Shelby convoque son ex épouse, c’est avec le fol espoir de la reconquérir. Lorsqu’il constate qu’il n’y parvient pas et qu’elle lui préfère ce raseur de Nick Thorne, il en nourrit une profonde amertume que sa secrétaire serait toute disposée à soigner. Dans le même domaine, il y a le champion de ski Bruce Scott convié en tant que parrain de la station, et qui passe son temps à draguer. Dernière conquête en date, une talentueuse patineuse qui s’apprête à participer à l’émission du célèbre présentateur télé Mark Elliott, dont l’épouse Tina file le parfait amour avec Bruce. Enfin… parfait jusqu’à ce qu’elle surprenne son jules dans les bras de ladite patineuse. On nage en plein soap opera ! Et la menace dans tout ça ? Et bien celle-ci n’est guère prégnante, seulement relayée par Nick Thorne, oiseau de mauvais augure aux velléités écologiques. Visiblement attaché à ses montagnes, ce dernier étonne par la mollesse de ses mises en garde. Celles-ci manquent cruellement de conviction voire de cohérence. Ainsi, l’entendre évoquer l’instabilité des sols, engendrée par les vibrations des scies électriques utilisées sur le chantier de la future demeure de David Shelby, laisse songeur. Si cela avait réellement une incidence, alors pourquoi les gros travaux qu’a nécessité l’édification de la station n’auraient-ils pas déjà déclenché une avalanche ? En vérité, ce Nick Thorne n’est qu’un mauvais coucheur qui n’apprécie guère de voir tout plein de touristes envahir son petit coin de paradis. A plus forte raison lorsque c’est au profit d’un riche promoteur qui se prend un peu trop pour Icare. Pas littéralement, bien sûr. Néanmoins, il existe des correspondances, notamment dans ce besoin qu’éprouve David Shelby de tutoyer les cieux, de planer au-dessus de la mêlée. Mais comme le film catastrophe est un genre particulièrement moralisateur, le pauvre bougre se brûlera lui aussi les ailes.
Par ses élans moralisateurs, le film catastrophe s’interdit presque tout suspense. Par exemple, le sort des différents personnages nous est quasiment connu dès leur apparition. Effectivement, dans un tel contexte, impossible d’ignorer que les Don Juan de bas étage et les femmes adultères n’ont aucunes chances de survivre. De toute manière, l’intérêt -tout relatif- de ce genre de film n’est pas tant de savoir qui va mourir mais comment. La catastrophe attendue revêt donc une double fonction. Premièrement, elle constitue le cœur du film, sa raison d’être. Plus celle-ci sera réussie et spectaculaire, plus le film aura lui-même des chances de l’être. Elle en est en quelque sorte le baromètre. Et puis il y a les conséquences de cette catastrophe. Intervenant généralement dans le premier tiers du film, celle-ci laisse ensuite les personnages se débattre en plein chaos. Après avoir subi le cours des événements, c’est le moment pour eux de s’affirmer, qui dans des postures plus ou moins héroïques, qui dans sa veulerie. Avalanche échoue allégrement sur les deux tableaux. Amalgame de stock-shots d’usage et de plans rapprochés montrant les touristes se faire submerger par une neige bien peu crédible (les blocs de neige fleurent bon le polystyrène), l’avalanche du titre fait peine à voir. Peu spectaculaire, elle ne justifie pas la longue attente qui l’a précédée. Qui plus est, l’élément déclencheur -le crash d’un petit avion au sommet de la montagne- apparaît en totale inadéquation avec ce qui précède. Que ce soit par le biais de Nick Thorne ou de l’évocation d’écologistes en colère, tout concorde à faire de David Shelby un ennemi de l’environnement contre lequel mère nature finit par se rebeller. Or, en utilisant ce crash pour justifier l’avalanche, le scénario donne des allures de fatalité à l’événement. Après, on peut toujours ergoter sur des détails, par exemple en évoquant tous ces arbres que Shelby a fait couper et qui ne jouent plus leur rôle protecteur. Mais ce serait passer sous silence ces différents plans voyant justement la neige déferler à travers la forêt de sapins sans que cela n’amoindrisse outre mesure sa puissance dévastatrice. En fait, la catastrophe manque cruellement de scènes croustillantes en se limitant à des gens hurlant, submergés par une soudaine vague neigeuse, linceul immaculé qui emporte tout sur son passage et qui agit comme une gomme, effaçant toute image violente. Quant à l’après catastrophe, il se résume à deux trois sauvetages (malgré des voies d’accès bloquées, dixit les dialogues, les secours ne tardent pas à arriver sur place) et à une péripétie inutile qui vient se greffer au récit comme si les responsables du film avaient brusquement eu conscience de son manque de tonus. Loin de racheter l’ensemble, ladite scène entérine l’échec patent d’un film qui ne parvient jamais à justifier son statut de divertissement.



Jamais drôle, même involontairement, Avalanche sonde les tréfonds de l’ennui. Alors que le genre tirait la langue, on était en droit d’espérer que ses derniers fleurons mettent le paquet, histoire de clore l’affaire par un plaisant feu d’artifices. Las, Roger Corman n’a alloué comme à son habitude que des moyens dérisoires au réalisateur. Et comme Corey Allen n’a pas le talent, loin s’en faut, de certains illustres poulains de l’écurie Corman (Joe Dante, pour n’en citer qu’un), le film apparaît tout à la fois fauché et ringard, et porté qui plus est par une flopée de comédiens qui rivalisent en nullité. Un bien triste spectacle qui s’ajoute au pathétisme de David Shelby sur lequel se clôt le film, désespérément seul devant les décombres de son rêve brisé.

Bénédict Arellano

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