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Arrivederci amore, ciao. 2006.
Origine : Italie
Genre : Policier
Réalisation : Michele Soavi
Avec : Alessio Boni, Michele Placido, Carlo Cecchi, Alina Nadelea...


Pas moins de dix ans séparent Arrivederci amore ciao du précédent film de Michele Soavi, Dellamorte Dellamore. Entre temps le réalisateur n’aura signé que quelques productions télévisuelles en Italie. Dix ans c’est long, et lorsqu’on voit son dernier film, on se rend compte combien le fils prodigue du cinéma transalpin nous avait manqué à nous et au cinéma. Car Arrivederci amore ciao fait office de bombe au milieu d’un cinéma de genre plutôt moribond qui se contente d’images timorées et d’une mise en scène hélas trop molle. Le dernier film de Soavi, n’ayons pas peur des mots, révolutionne et re-dynamise littéralement le polar grâce à son imagerie sombre et brutale qui vient parfaitement bien appuyer le propos du film, et grâce à sa mise en scène inventive et fraîche. Du grand art !

Ainsi le film nous raconte l’histoire de Giorgio, un militant d’extrême gauche contraint de s’enfuir en Amérique centrale pour échapper à la justice. Après plusieurs années, il revient en Italie et sollicite la réhabilitation. Mais c’est sans compter les projets d’Anneda, un flic ripoux bien décidé à profiter de la situation de Giorgio...

L’histoire nous entraîne ainsi dans un monde très noir, un monde de braquages violents, de mensonges, de bar à putes et d’argent sale. Un monde dur. Notre monde. Car le métrage se veut à la fois un polar musclé et une métaphore de notre société. La critique sociale est un rôle que le polar a souvent tenu, chose logique pour un genre qui se veut réaliste et qui permet d’explorer le coté sombre de l’âme humaine. Ainsi Giorgio, le personnage principal du film, animé par sa quête de respectabilité s’apercevra bien vite qu’il n’obtiendra la réhabilitation qu’en n’enfreignant les lois et en sombrant dans la violence et l’arrivisme. Dans une société au bord de l’explosion où même l’intégrité n’existe plus et où les naïfs et les bons sont condamnés à n’être que des victimes, la violence est l’apanage des forts et le meilleur moyen de réussite. Le film, avec son message très dur et immoral, nous décrit ce monde là.
Il peut paraître étonnant de voir Michele Soavi à la barre d’un tel projet quand on sait que le réalisateur, fils spirituel de Dario Argento et de Mario Bava, était jusqu’à présent plutôt interressé par les projets plus fantastiques. Il avait déjà œuvré dans le giallo avec le magistral Bloody Bird, et dans le film de morts-vivants poétique avec Dellamore Dellamorte. Pourtant avec Arrivederci amore ciao le jeune réalisateur fait preuve d’un indéniable talent et d’une capacité impressionnante à mettre en scène des images fortes pour servir le propos de son film. Sa mise en scène est constamment porteuse de sens et c’est véritablement l’image qui a un rôle narratif. Mais le talent ne s’exprime pas uniquement derrière la caméra, et les acteurs choisis pour le film nous livrent tous de vraiment bonnes prestations, tout à fait dans le ton du film. Le visage d’ange d’Alessio Boni sied parfaitement au rôle de Giorgio. L’acteur semble s’être très bien investit dans son rôle, et il incarne un Giorgio très ambigu. Même si c’est le pire des salauds, le spectateur peut s’identifier à lui, ce qui décuple encore le message du film ! Face à lui, Michele Placido, acteur célèbrissime en Italie et réalisateur du récent Romanzo Criminale, s’illustre dans un rôle à contre emploi. Habitué à jouer des rôles de personnages sympathiques, il campe ici une ordure de la pire espèce de manière très réaliste. Saluons aussi la prestation de la candide Isabella Ferrari qui s’illustre dans le rôle de Flora.
Le jeu des acteurs et le ton réaliste du film en font une œuvre très immersive, dans laquelle le spectateur n’aura aucun mal à se plonger et ressentir les mêmes émotions que ses personnages, pour finalement être anéanti par cette fin incroyablement forte et d’une rare noirceur !

Bref, Arrivederci amore ciao est un film très intense, à la foi par son intrigue très bien menée que par sa réalisation qui ne souffre d’aucuns défauts. Un film qu’on aurait tort de louper !

Arnaud Schilling

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