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Catch me if you can. 2002.
Origine : Etats-Unis
Genre : Biopic
Réalisation : Steven Spielberg
Avec : Leonardo DiCaprio, Tom Hanks, Christopher Walken, Nathalie Baye…


Il y a plusieurs catégories de films. Il y a ceux complètements jouissifs, ceux qui nous font grimper aux rideaux, allez savoir pourquoi, il y a ceux qui nous pénètrent, nous remuent, et nous remettent en question, et puis il y a les autres.
Les films que j’aime, ce sont ceux des deux premières catégories (comme tout le monde hein ?), ces films qui me marquent, ceux qui me font vivre, sourire, pleurer, vibrer, ceux qui me donnent des émotions, qui me rappellent de vieux sentiments, ceux que je reçois ! Parce que c’est ça la faculté d’un film, on peut le recevoir ou ne pas le recevoir. On va adorer un film qu’un autre détestera. Peu importe, nous avons chacun nos expériences, nos goûts, nos défauts, et c’est ça le cinéma. Le cinéma, c’est nous, le spectateur, celui qui donne un sens à un film, celui qui fait vivre un film, ou celui qui le tue. Et c’est en tant que spectateur que j’aime parler de ces films qui m’ont marqué.
Ici, c’est précisément d’un film de Steven Spielberg dont je veux parler. Je pourrais mettre toute sa filmographie et n’en dire que du bien tellement ses films m’ont donné des raison d’aimer l’homme et le cinéma. E.T. est mon préféré pour des raisons qui me sont propres, intimes. La Liste de Shindler est un magnifique témoignage, A.I., Les Dents de la Mer, Rencontres du troisième type... Bref. Ce film dont je veux parler fait partie de ces catégories de films qui me font monter aux rideaux. Allez savoir pourquoi !

Arrête-moi si tu peux, Catch me if you can.

Ce film, outre son superbe casting, a plusieurs raison de me faire plaisir.
Tout d’abord, il ne présente nul autre intérêt que de nous divertir, film sans prétention, il y arrive avec succès ! Ensuite, ce film raconte l’histoire vraie d’un type qui arrive à devenir co-pilote de ligne, médecin chef des urgences et avocat, et tout ça, avant d’avoir 21 ans, en mentant sur son âge, et en détournant de l’argent en utilisant de faux chèques ! Jouissif j’ai dit ? Non ! Palpitant, extraordinaire ! Un petit bonhomme qui sodomise le système, moi, je trouve ça génial ! Enfin, jusqu’à ce que le système le mette hors course, en prison...

Voici l’histoire de Frank William Abagnale Junior.

« Je suis navré madame, votre fils fabrique de faux chèques.
- Je travaille à mi-temps à l'église, dites-moi combien il vous doit, je vais rembourser.
- Un million trois cent mille dollars.
»

Arrête-moi si tu peux rappelle ces vieux films où les héros sont des hors la loi, et où malgré tout, les spectateurs les adorent ! Butch Cassidy et le Kid, L’Arnaque, sont ce genre de films où les héros violent les lois mais restent très attachants. Arrête-moi si tu peux est de ces films, Spielberg le voulait ainsi, il désirait que le public ait de l’affection pour ce criminel de génie. Et ça marche !
Frank, interprété par Léonardo DiCaprio, est une crapule étincelante ! Il trompe les plus grandes institutions des Etats-Unis que sont les banques en falsifiant les chèques, et abuse aussi le FBI, cette police fédérale incapable de lui mettre la main dessus, à lui, un gosse d’à peine 17 ans !

Frank Junior est le fils unique d’un couple aisé. Frank, son père, est membre du Rotary Club, preuve d’une réussite sociale flamboyante. Sa mère, Paula, est française, et est venue aux Etats-Unis pour suivre Frank, ancien militaire qui participa à la seconde guerre mondiale.
Ancien soldat, il a ouvert une boutique qui fait le bonheur de sa famille. Pourtant, il n’est pas à l’abris. Ayant essayé de duper le fisc, le voilà ruiné et obligé de déménager. Finie la vie bourgeoise, la famille Abagnale s’installe dans un petit appartement, symbole de la déchéance d’une famille qui vivait dans le bonheur tant que l’argent tombait. Paula trompe alors son mari et finit par demander le divorce.
De son côté, Frank Jr a beaucoup d’affection pour son père, et surtout beaucoup d’admiration. Grand bluffeur, son père se présente comme celui qui a réussi à ramener la plus jolie fille d’un village de France alors que plus de 200 soldats désiraient la séduire. Et c’est lui qui l’a eu. Fier de ce qu’il a réalisé, il compte beaucoup sur les apparences pour réussir. Il va donc à la banque en faisant passer son fils pour son chauffeur, sa philosophie de vie est des plus méritoires pourtant : « Deux petites souris tombent dans un seau plein de crème. La première souris abandonne très vite la lutte et se noie. La deuxième souris, ne renonce pas, elle se débat tant et tant qu'elle finit par transformer la crème en beurre ! Et elle sort du seau ! Je suis la seconde souris. »
Se battre à tout prix pour s’en sortir, telle est la philosophie de Frank Sénior. Pourtant, il ne peut rien faire contre le fisc. L’état est trop fort, il a voulu le duper, il doit payer pour sa faute.
Frank Jr voit alors sa vie chambouler. Il change d’école, va dans un lycée public, lui habitué aux écoles privées. Habillé de l’uniforme de son ancienne école, il se fait passer pour un prof de français remplaçant. Scène totalement délirante, on comprend ce que sera tout le film, un décalage complet et une manipulation en bonne et due forme, jouissif ! Jouissif parce que tout paraît plausible ! A tel point, que les parents, convoqués chez le directeur d’école apprennent que leur fils a organisé une réunion parent/prof, et aussi une sortie dans une boulangerie française. Paula est choquée. Frank Senior sourit, fier que son fils ait réussi à berner ainsi l’école.
Un jour, Frank surprend sa mère avec le Président du Rotary Club, avocat et ami de son père. L’univers de Frank s’écroule, sa mère trompe son père. Un autre jour, il rentre de l’école, ses parents divorcent. Sur un papier, il doit noter le nom du parent avec lequel il désire vivre. Il s’enfuit en courant, sa nouvelle vie commence alors.

Encore une fois, Spielberg nous livre une histoire de famille complexe. Un des thèmes principaux de son œuvre, la difficulté de se séparer, et ce que cela produit sur l’enfant, et les parents. Minority Report, A.I., ou encore E.T. sont des œuvres très diverses qui abordent ces thèmes précisément.
Ici, le héros est un adolescent qui a tout à apprendre de la vie. Et cette vie, il va la découvrir loin de sa famille, seul dans les villes qu’il visite, fuyant pour ne pas aller en prison.
Le réalisateur explique ainsi à propos de celui qui a inspiré son personnage : "Son entrée dans l'âge adulte s'est opérée dans des conditions hautement inhabituelles, qui m'ont fasciné. Je crois réellement que Frank a été très affecté par le divorce de ses parents. Les enfants réagissent à cela de bien des façons, et Frank eut une réaction tellement originale qu'elle méritait un film."

Spielberg réalise ici un film de pur divertissement où le concept consiste à se laisser manipuler par le personnage à travers ses diverses tribulations.
Imaginez un gosse de 17 ans se faisant passer pour un co-pilote de la compagnie d’aviation Pan Am, imaginez ce même gosse monter dans les avions des compagnies concurrentes en se faisant passer pour un pilote tout en voyageant gratuitement, mais ne pilotant jamais !
Car là où c’est encore plus fort, c’est qu’il se fait payer par la Pan Am (par le biais de faux chèques qu’il fait encaisser par les banques, les hôtels, et même aux aéroports contre de l’argent liquide) sans travailler pour eux, et qu’en plus, il utilise les autres avions des autres compagnies ! C’est un régal de le voir en uniforme, passer pour ce qu’il n’est pas, c’est un régal de le voir produire de faux chèques et de les faire encaisser !
Il entre alors dans une spirale dont il ne peut plus sortir ! Il engrange les dollars facilement, le danger le sublime, c’est son adrénaline. Pourtant il doit fuir encore et encore. Tom Hanks qui campe l’agent du FBI Hanratti, est parfait en vieux grincheux qui n’a que son boulot pour s’épanouir. Il va passer 4 années de sa vie à pourchasser Frank.
La force de ce film c’est évidemment son humour. Cette comédie légère n’est pas sans rappeler des comédies comme Ocean’s Eleven, on ne meurt pas de rire, mais on rigole parce que les situations sont invraisemblables mais on y croit ! Et ceci grâce aux acteurs qui jouent magnifiquement bien !
Comme par exemple cette scène où Tom Hanks entre dans la chambre de Frank pour l’arrêter, il ne l’a encore jamais vu, et voilà Léonardo DiCaprio se faisant passer pour un membre des services secrets à la recherche de Frank (lui-même donc !) ! Hanratti tombe dans le panneau, Leonardo est bluffant, les situations bien emmenées, simples, intelligentes, mises en scène avec talent.
La mise en scène, tiens, parlons-en ! Spielberg n’ a plus rien à prouver depuis très longtemps, cela va sans dire ! Pourtant, il use encore de son talent pour placer quelques plans imaginatifs, il sait mettre ses acteurs en place, il sait les diriger, et ce qui est fascinant dans ce film, c’est le travail de la lumière et des couleurs. Les couleurs suivent l’esprit du jeune Frank. En effet, au début du film, les couleurs sont ternes, comme sa vie, ses parents ruinés, puis qui divorcent. Ensuite, au fil du temps et de l’engrangement des dollars, les décors sont mis en couleur de plus en plus, de par les vêtements, ou les lieux visités. La lumière met tout cela en valeur magnifiquement bien. Le directeur de la photographie cherchant à mettre en image l’esprit pétillant du film. Ensuite, sur la fin, et son arrivée en prison puis au FBI, on repart sur des couleurs plus ternes.
Co-pilote alors ? Pas seulement! Un jour, à Atlanta, il entre dans un hôpital pour voir un ami qui s’est blessé. L’idée lui vient, il veut devenir docteur ! Il se fabrique de faux diplômes, de faux états de services, et le voilà chef médecin des urgences la nuit ! Il apprend alors la médecine en regardant la télé, une série de l’époque à laquelle Spielberg rend hommage, Dr Kildare, sorte d’Urgences avant l’heure !
Et d’hommages, Spielberg en fait d’autres ! La série Perry Mason dans laquelle Frank apprendra le droit, et comment surtout s’exprimer dans un tribunal, qui d’ailleurs, amènera une scène formidable, où Frank commence son réquisitoire devant le juge, il s’adresse au jury, à l’accusé aussi, alors que seul le juge est présent et que c’est une audience préliminaire ! Décalé de la réalité, voilà ce qu’est Frank !
Autre hommage, celui fait à James Bond, Goldfinger, où Frank s’amuse à l’imiter, s’achète le même costard que Sean Connery, jusqu’à acheter aussi la même voiture ! Tout à fait délirant de voir ce jeune gosse de 18 ans réaliser ce genre de choses ! Qui ne voudrait pas être à sa place ? D’autant plus qu’en jouant au James Bond, il rencontre Jennifer Garner qu’il baisera de deux façons ! La première, classique, il lui fait l’amour, jusque là, rien de bien grave, la seconde, cette dernière réclame à être payée 1000 dollars pour la nuit, Frank n’ayant qu’un faux chèque de 1400 dollars, elle lui donne 400 dollars en liquide ! Comme il dit : Even better !!! Il se fait payer pour coucher avec elle !!!

C’est à l’hôpital qu’il tombe amoureux d’une fille qu’il décide d’épouser. Il va donc chez ses parents et se fait passer pour un ancien avocat qui est parti faire de la médecine, mais qui aimerait de nouveau exercer le droit. Comble du comble, il a fait son droit à Berkeley, comme le père de sa fiancée, et de plus il se fait passer pour un luthérien ! Martin Sheen joue le père de la fiancé.
Hanratti/Hanks court toujours après Frank qui aimerait arrêter ses conneries et se marier, mais c’est trop tard, il doit payer pour ce qu’il a fait. Hanratti débarque le soir des fiançailles et Frank doit fuir ; Il avoue tout à sa fiancée, lui dit qu’il ne s’appelle pas Conners, qu’il n’a jamais été médecin ni avocat ni luthérien et qu’il n’a pas 28 ans, mais 18. « Tu n’es pas luthérien ? » Lui demande-t-elle !!!
Il s’enfuit donc.
Là où ce fut difficile mais pourtant magnifiquement réussi dans Arrête-moi si tu peux c’est que le film arrive à jouer sur un registre d'émotions très large passant d'une scène à l'autre de la comédie au drame. Pour le scénariste Jeff Nathanson, le projet n'en était que plus intéressant : "C'est à la fois un thriller, un jeu de chat et de la souris, un récit initiatique et un drame familial. Le film me donnait une chance d'explorer tout cela à travers une période-clé de la vie de Frank Abagnale."
Spielberg s’amuse sur ce film, et il veut qu’on le voit à l’écran, il désire que les spectateurs, pop corn à la main, rigolent et se prennent au jeu du chat et de la souris, qu’ils soient victimes du léger suspens, qu’ils compatissent lorsque Frank a des coups durs.
Du rire aux larmes ? Pas faux. Mais pas de quoi en pleurer. Tout reste sur le ton de la légèreté. Ainsi, les scènes entre Frank Sénior et Frank Junior sont de purs moments de bonheur ! Christopher Walken en papa fier de son fils joue à merveille cet homme qui a joué avec le feu et qui désormais travaille comme facteur pour payer ses dettes. De l’autre côté, son fils qui a tout le FBI aux fesses (il faisait parti des 10 personnes les plus recherchées par le FBI !) vit dans le grand luxe, voyage dans le monde entier, manipule les instances et est inarrêtable. Son père le voit au-dessus du reste du monde, son fils est intouchable, il a réussi là où il a échoué, réussir à baiser les plus grandes instances de l’Etat. Walken est parfait dans ce rôle, et la complicité entre les deux acteurs est fortement visible à l’écran, et rajoute de la saveur au film. Un tel casting était risqué mais fait des merveilles.
La musique aussi est fondamentale tout au long du film. Fidèle au poste, John Williams s’essaie à un tout autre style, un aspect plus jazzy. Sur ce nouveau film, le compositeur a dû revenir à un style auquel il s’était adonné plus jeune : le jazz donc. John Williams était l'assistant de Henry Mancini, spécialiste de ce type de partition de musique de films.
Ainsi cet effet jazzy renforce le côté pétillant du film, ce côté léger et qui met de bonne humeur. De plus, des chansons de l’époque sont rajoutées de temps en temps, pour ancrer le film dans les années 60. Car c’est aussi un hommage aux années 60 que nous livre ici Spielberg. Séries de cette époque, films de cette époque, musiques de cette époque, Spielberg qui a traversé les années 70, 80 et 90 au cinéma n’avait jamais touché à cette décennie durant laquelle il grandit, celle de son enfance. C’est chose faite, et on se plait à voyager dans cette époque lointaine connue surtout pour sa guerre du Vietnam, ses hippies, les assassinats de Kennedy, Malcolm X, Martin Luther King, les droits civiques. Ici, Spielberg écarte tout cela pour garder simplement la légèreté de cette époque de par ses mœurs.

Frank se fera arrêté en France où il continuait à fabriquer de faux chèques à travers toute l’Europe. Il ira en prison et finira de purger sa peine en travaillant pour le FBI dans ses enquêtes sur les fraudes. Il devint milliardaire en créant des chèques infalsifiables pour les plus grandes banques et entreprises du monde.

Au final, Arrête-moi si tu peux est un film très intéressant dans la filmographie de Spielberg parce que c’est une comédie (bien que 1941 en soit une mais dans un registre encore différent), et que c’est sa première, que c’est un film qui mélange les genres tout en restant dans la vivacité de la comédie et que son casting est de loin le meilleur qu’il ait rassemblé ! A noter d’ailleurs le rôle de la mère de Frank joué par Nathalie Baye, actrice que Spielberg avait adoré dans La Nuit Américaine de Truffaut, Truffaut dont Spielberg est un adorateur et à qui il offrit un rôle dans Rencontres du Troisième type.

Bref, Arrête-moi si tu peux est un film que j’adore parce qu’il met sur l’écran bon nombre de mes fantasmes, que c’est drôle, frais, léger, que c’est magnifiquement mis en scène, que le casting est exceptionnel et que c’est un film qu’on peut résumer en un mot, il a la CLASSE !

Jérémie Conde

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