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The Boondock Saints. 1999.
Origine : Etats-Unis
Genre : Polar / Action / Comédie
Réalisation : Troy Duffy
Avec : Sean Patrick Flanery, Norman Redus, Willem Dafoe, David Della Rocco...


Si le titre The Boondock Saints n’évoque rien pour la grande majorité des cinéphiles français, c’est tout simplement parce que le film de Troy Duffy n’a pas été distribué dans notre exécrable pays… Cette décision est d’autant plus dommageable et incompréhensible que non seulement le film appartient à un genre qui de manière générale plait bien au public, la comédie d’action, mais qu’en outre il se révèle réellement excellent !

Connor et Murphy McManus sont deux frères irlandais et catholiques résidants à Boston. Ils travaillent tous les deux dans une boucherie, et passent volontiers leurs soirées à vider des pintes dans le pub du coin. Le soir de la saint Patrick, trois membres de la mafia russe font irruption dans le pub. Ils viennent de racheter l’immeuble et désirent voir tout le monde déguerpir. Mais Connor et Murphy ne semblent pas prêts à se laisser faire, et aidés des autres clients ils provoquent bien vite une bagarre contre les Russes. Le lendemain, deux des mafiosi sont trouvés morts dans la rue. Ce sera le début d’une longue croisade sanglante pour les deux frères...

Une croisade sanglante… Certes, mais non dénuée d’humour et de situations cocasses. Il s’agit là d’un cocktail vu et revu au cinéma, certes. On ne compte plus les films qui mêlent polar et humour, ceux des frères Coen, de Tarantino ou de Guy Ritchie semblent avoir marqué le plus. Viennent ensuite toute une flopée de copies plus où moins réussies (plutôt moins que plus, soit dit en passant) où s’enchaînent gaiement poncifs et passages déjà vu… Et The Boondock Saints dans tout ça ? Et bien il se situe totalement à part! Il n’emprunte absolument rien aux réalisateurs cités et se distingue par une inventivité sans cesse renouvelée.
L’histoire est très ingénieuse et si le film commence par une simple rixe dans un bar, il entraînera le spectateur dans quantité d’autres situations originales. Très rythmé, le film enchaîne les rebondissements et les passages hallucinants de folie visuelle et de délires scénaristiques. Je pense notamment à cette incroyable scène de lancer de toilettes du haut d’un immeuble, lesdites chiottes venant s’écraser avec fracas sur le crâne d’un gangster!
Mais paradoxalement, ce qui fait la force de cette histoire c’est le sérieux apporté à sa narration. Malgré les nombreuses touches d’humour, le jeune réalisateur a l’intelligence de s’appuyer avant tout sur un scénario solide et cohérent, qui ne vire jamais au n’importe quoi. The Boondock Saints c’est avant tout un vrai polar, qui traite d’une manière extrêmement habile et novatrice d’un sujet pourtant galvaudé : l’autodéfense, ou la justice expéditive. En effet, Les frères McManus sont persuadés d’êtres détenteurs d’une mission divine et s’empressent donc d’aller dessouder tous les malfrats et les mafieux du coin.
Et des malfrats, y’en a un paquet. L’occasion pour Troy Duffy de nous présenter une galerie réjouissante de personnages hauts en couleurs. Cela va du tueur à gage qui « tue toute une famille comme s’il commandait une pizza » au mystérieux Duc que tout le monde semble craindre. N’oublions pas non plus Paul Smecker, inspecteur excentrique et génie de la déduction, lancé aux trousses des frères.
L’ensemble est donc parsemé de fusillades, qui cette fois encore, se démarquent par leur inventivité et leur maîtrise formelle. Citons à titre d’exemple cette scène incroyable, montrée du point de vue de l’inspecteur Smecker qui reconstitue la fusillade dans son esprit. On le voit ainsi mimer les différents protagonistes, tandis que le film nous les montre se tirer dessus à coté de l’inspecteur. Le décalage est savoureux et apporte une dose de folie douce à une scène pourtant intense dramatiquement. Le rythme du film oscillera toujours entre ces deux pôles. La tension dramatique et le sérieux de l’histoire restent constants, mais le film ne se dépare jamais de son humour à la fois frais et furieux.
N’oublions pas de saluer la justesse de l’interprétation. Tous les comédiens sont bons et incarnent leurs personnages à la perfection. Willem Dafoe se démarque toutefois du lot en nous livrant une interprétation caricaturale et vaudevillesque de l’inspecteur Smecker. Il faut le voir danser et faire de grands gestes dramatiques exagérés en mimant les fusillades pour le croire! Bien conscient de l’importance que ces personnages ont pour le film, le réalisateur n’hésite pas à conditionner sa mise en scène pour eux. Il use ainsi d’effets destinés à iconiser chacun des protagonistes. Ralentis et contres plongées sont donc abondants, mais jamais ils ne parasitent l’histoire, donnant au contraire aux personnages l’ampleur qu’ils méritent.

Bref, ne tournons plus autour du pot, The Boondock Saints est un film résolument novateur et unique. Bourré de scènes inventives et drôles, de personnages déjantés et attachants, le film est un régal!

Arnaud Schilling

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