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Amityville: The Evil Escapes. 1989.
Origine : Etats-Unis
Genre : Mobilier hanté
Réalisation : Sandor Stern
Avec : Patty Duke, Jane Wyatt, Fredric Lehne, Zoe Trilling...


Amityville n'est pas qu'une saga à l'écran. C'est aussi une saga en librairie, les deux étant même distincts. C'est que la famille Lutz, ceux qui apportèrent la caution "cette histoire est vraie", continuait de garder un œil attentif sur son patrimoine. Malgré le procès que les Lutz lui intentèrent, ils ne parvinrent pas à obliger Dino de Laurentiis à adapter leur propre séquelle, dont le récit avait été confié à la plume de John G. Jones, leur porte-voix. Lequel respecta bien entendu scrupuleusement les récits des Lutz, qui avaient annoncé que leurs aventures méritaient bien d'autres livres que le seul best-seller de Jay Anson. C'est que voyez-vous, l'entité qui les avait chassés de leur demeure continua de les persécuter. C'est le sujet du navrant Amityville 2 (1982), et aussi celui de Amityville, chapitre final (1985), quoique ce dernier, avec toujours les Lutz comme personnages principaux, n'essaya plus de passer pour une histoire vraie. Pis encore, elles allèrent pourrirent la vie de ceux qui avaient eu la mauvaise idée d'acheter aux enchères les biens laissés derrière eux par les Lutz au cours de leur fuite éperdue de la maison d'Amityville. Tel est le sujet de Amityville : The Evil Escapes (1988), livre qui n'aurait jamais vu le jour si l'opus précédent, censé être le dernier, n'avait pas été un surprenant succès. Quoique sa collaboration avec les Lutz soit désormais terminée, John G. Jones était toujours aux commandes de cette saga littéraire à laquelle il donnera encore un rejeton avant qu'un autre prenne le relais pour une tentative infructueuse de remise à zéro. Du côté des écrans, en 1989, la saga cinématographique était en déclin, tombée dans l'escarcelle de la télévision après un nullissime troisième volet -qui connaitra malgré tout une novellisation, venant donc s'ajouter aux romans de Jones et aux diverses études plus ou moins sérieuses-. C'était l'occasion ou jamais d'en prendre le contrôle et de faire d'Amityville 4, le film, l'adaptation d'Amityville 4, le roman. Et voilà donc notre John G. Jones en co-producteur d'un téléfilm confié aux bons soins tant à l'écriture qu'à la réalisation de Sandor Stern, téléaste chevronné. Il va sans dire que ce quatrième film ne tient pas compte des deux qui l'ont précédé, et c'est donc sans surprise que l'on retrouve intacte la maison des Lutz, censée avoir été détruite à la fin d'Amityville 3D. Mais elle n'est là qu'au tout début, introduisant la mirifique histoire qui suit :



Le diable vit toujours dans la maison d'Amityville. Il faudrait quand même le déloger. C'est à cette fin que plusieurs prêtres exorcistes y sont envoyés. L'un d'eux, le père Kibbler (Fredric Lehne) tombe nez à nez avec une sinistre lampe dont l'éclat diabolique (le visage du diable est visible dans l'ampoule !) l'envoie bouler contre le mur, dans les pommes et finalement à l'hôpital. Mais enfin, pendant son inconscience, l'exorcisme a paraît-il réussi. Les meubles de la maison ont été mis en vente dans une brocante, et c'est une vieille chineuse qui s'est portée acquéreuse du redoutable luminaire. Elle a envoyé l'horreur à sa sœur à l'autre bout du pays, non sans s'y être préalablement coupée le doigt, attrapant ipso facto le tétanos. On en est là lorsque le père Kibbler revient à lui. Persuadé que le diable a élu domicile dans la lampe, il veut convaincre sa hiérarchie de le laisser se mettre à sa recherche. Il faut à tout prix prévenir les nouveaux propriétaires. Mais ce diable de Satan ne le permettra peut-être pas !
Pendant ce temps-là, sur la côte ouest, l'effroyable quinquet a bien été remis en mains propres. Des choses bizarres commencent à se produire. Mais ce n'est pas tout, car le diable est bien tombé : la sœur de notre chineuse mal en point accueille actuellement sous son toit sa fille Nancy (Patty Duke) et ses trois petits-enfants. Une famille en plein deuil suite au décès du mari de Nancy. Jessica, la petite dernière, refuse d'admettre la mort de son père et est persuadée qu'il lui parle via l'indicible lumignon.



Ça valait bien le coup de sortir la saga de la maison d'Amityville, tiens... Car Stern et Jones font exactement la même chose d'une maison à l'autre, bien conscients que la seule présence d'une lampe hantée se montre un peu légère pour porter le poids d'un long-métrage d'une heure et demi. Et pourtant, ça ne les empêche pas d'en tirer le plus qu'ils peuvent, quitte à paraître franchement ridicules. Il y a d'abord cette insistance à vouloir la rendre effrayante à travers des mises en contexte (musique, mise en scène, éclairages...) pour le moins surfaites. Il y a ensuite les phénomènes paranormaux proprement dits : visage du diable dans l'ampoule, fil électrique étrangleur et, bien entendu, les terrifiants soubresauts de l'ampoule qui s'allume toute seule.
Si tout ceci vous fait froid dans le dos, vous serez servis par le reste, du même acabit. Car Amityville 4 est un téléfilm extrêmement paresseux qui les deux tiers du temps se contente d'enchaîner les effets. Cela va du classique, le miroir et ses reflets imprévus, le mixeur de l'évier qui se met en route sans raison lorsqu'un zig y met la main, en passant par le plus exubérant, avec un perroquet cuit au four ou une tronçonneuse qui s'emballe. En revanche, pas ou peu de scènes à effets spéciaux de style ectoplasme, spectre, sans parler de sang, ce qui a au moins le mérite d'éviter l'effet de foire que l'on retrouve dans pas mal de films du même genre. Nous sommes vraiment dans le basique absolu, et l'origine télévisuelle d'Amityville 4 se fait fortement ressentir. Et de quoi les téléfilms sont-ils friands ? Et bien de problèmes familiaux bas de gamme, pardi ! Et les maisons hantées sont bien loties, à ce niveau là, puisque la présence insoupçonnée d'esprits permet à la cellule familiale d'être sous pression et de commencer à se déchirer. C'est ce qui arrive à Nancy et à ses enfants, persuadés d'être de trop avec une grand-mère qui avant leur arrivée n'avait à déplorer aucun problème domestique. Alors lorsque la plus ancienne génération commence à soupçonner sans le dire la dernière, celle entre les deux, la seule Nancy, est tiraillée, elle doit à la fois être reconnaissante à sa propre mère qui les héberge alors qu'ils n'ont plus le sous et couver ses enfants qui viennent de perdre leur père et de subir le choc d'un déménagement contraint. Tout se passe en non-dits, mais l'animosité dans la maisonnée va croissant. C'est bien là l’œuvre du diable ! Mais son chef d’œuvre reste son influence sur la petite Jessica, qui commence à parler à la lampe sous le prétexte qu'elle y voit son défunt papa, à faire des dessins macabres et à devenir méchante. C'est bien connu, plus les enfants sont jeunes, plus ils sont vulnérables, et donc susceptibles de faire frissonner le spectateur. L'innocence corrompue, vieux classique du cinéma d'épouvante auquel on ne pouvait échapper dans une telle intrigue. Mais il faut quand même attendre un bon bout de temps avant que cela ne se confirme. Car, pris qu'ils sont entre leurs manifestations paranormales et les dissensions entre leurs personnages, le réalisateur et son écrivain de co-producteur n'hésitent pas à mettre Jessica de côté jusqu'à ce que l'on ait vraiment besoin d'elle, c'est à dire en vue d'un dénouement grotesque où une version condensée et schématique de L'Exorciste se joue au pied de la lampe, qui pour l'occasion se parera encore du visage du diable. Entre temps, le père Kibbler aura fait son apparition, après être passé par tous les déboires connus par ses confrères des autres Amityville. C'est à dire l'impossibilité de joindre la famille. Une mésaventure que l'on doit encore au diable, qui n'hésite pas à injurier le pauvre curé au téléphone.

Prise au sérieux comme le fait Stern, l'idée d'une lampe hantée comporte intrinsèquement un certain potentiel comique. On le retrouve dans quelques scènes éparses. Mais Amityville 4 n'est pas le genre de film à regarder si l'on veut s'amuser (encore qu'il réussisse plus à faire sourire qu'à faire peur). Entre sa frilosité et ses thématiques purement télévisuelles et son sens du déjà-vu pour ne pas dépayser les spectateurs habitués aux films de maisons hantées, on s'y ennuie copieusement. Il donne l'impression de durer deux fois plus longtemps que ce qu'il dure réellement, ce qui me laisse à penser qu'Amityville 1993 : Votre heure a sonné lui rendra un vibrant hommage avec son histoire d'horloge hantée.

Loïc Blavier

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