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Amityville II : The Possession. 1980.
Origine : Etats-Unis / Mexique
Genre : Horreur
Réalisation : Damiano Damiani
Avec : Jack Magner, James Olson, Diane Franklin, Burt Young...




George et Kathy Lutz, les vrais, pas James Brolin et Margot Kidder, n'en démordent pas : ils ont vécu des jours terribles dans leur maison d'Amityville. D'ailleurs les entités qui provoquèrent le départ anticipé de leur nouvelle maison les suivirent encore quelques temps après la tragique 28ème nuit. C'est ce que l'on apprend en 1982, lorsque John G. Jones écrit Amityville II en collaboration avec les Lutz. Le livre décrit les déboires de la famille avec les mauvais esprits d'Amityville, qui n'ont eut de cesse de les traquer jusqu'à ce qu'un exorciste réputé vienne mettre un point final à ces temps de malheur. Ce roman présente l'originalité d'intégrer la médiatisation du couple, la conception du livre de Jay Anson et du film de Stuart Rosenberg aux mésaventures de la famille Lutz, les situant ainsi dans un contexte vécu. C'est bien la seule chose de crédible dans ce fort mauvais bouquin, d'ailleurs. Mais comme ils le firent pour la sortie du premier livre, les Lutz certifièrent la véracité des évènements décrits dans le livre de John G. Jones et s'empressèrent de vouloir le transposer au cinéma. Et là, stupeur : leurs droits ont été vendus par le studio American International Pictures à Dino De Laurentiis, qui souhaite faire de Amityville II la préquelle du premier, racontant l'histoire de la famille DeFeo telle qu'elle fut contée par Hans Holzer dans son livre Murder in Amityville. Un livre qui déplaît fortement aux Lutz, car son auteur, un parapsychologue notoire, fut recruté par l'avocat de Ronald DeFeo Jr. pour surfer sur la vague d'Amityville. L'avocat même qui avait prétendu avoir inventé l'histoire des Lutz de toute pièce en compagnie de George Lutz lors de soirées avinées. Il n'aura donc guère apprécié que les Lutz confient l'exploitation commerciale de leur histoire à quelqu'un d'autre, et il se sera rabattu sur les meurtres commis par son client Ronald DeFeo, point de départ de la hantise du 112 Ocean Avenue. Entre temps, les Lutz et l'avocat se seront traînés mutuellement en justice. Bien entendu, lorsqu'ils surent qu'Amityville II serait basé sur le livre de Holzer et non sur celui de Jones, les Lutz portèrent l'affaire au tribunal, dans l'espoir d'empêcher la sortie du film produit par De Laurentiis. Ils ne réussirent qu'à faire supprimer toute référence à leurs noms. C'en était fini de leur implication au cinéma, et même en littérature. Ouf !



Voilà pour la génèse de Amityville II : le possédé, dont la véracité du scénario dépend de la foi que l'on porte ou non aux dires de Hanz Holzer, pour lequel Ronald DeFeo était bel et bien possédé au moment où il commit ses meurtres. Une défense facile pour son avocat opportuniste... Sa défense est d'ailleurs montrée dans le film, rejetée en bloc par le juge en charge de l'affaire. Sans doute le magistrat aura-t-il vu des rushs et s'en sera montré peu convaincu. Il faut dire qu'au niveau originalité, le paranormal de Amityville II ne casse pas trois pattes à un canard. Le sang qui coule de l'évier, les nappes qui s'envolent pour recouvrir le crucifix accroché au mur, le contenu du frigo qui se promène dans les airs, les lampes qui s'allument d'elles-mêmes et, classique d'entre les classiques, les portes qui se ferment toutes seules sont les mésaventures banales que réserve un scénario inexistant à la famille Lutz. Et pourtant, le film de Damiano Damiani n'en est pas désagréable pour autant. Le principal artisan de ce sauvetage n'est autre que le réalisateur lui-même, qui se retrouve ici à l'initiative saugrenue de Dino De Laurentiis. Reconnu pour ses films politiques sur la mafia et la corruption en Italie, Damiani n'offrait a priori aucune prédisposition pour l'horreur, genre dans lequel il n'avait alors jamais versé. Amityville II aurait pu n'être pour lui qu'une œuvre alimentaire, comme d'ailleurs bien des séquelles le sont dans le milieu de la série B. Mais peut-être a-t-il voulu relever le défi que présentait pour lui le film d'épouvante, et plus particulièrement le film de maison hantée, qui repose pour une large part sur la mise en scène. Le point fort d'Amityville II repose en tout cas sur la réalisation de Damiani, qui s'efforce -et parvient- à construire une ambiance délétère, véritable chape de plomb qui tombe sur le spectateur, lequel est alors rendu plus réceptif aux futilités paranormales mentionnées plus haut. Tout est question de conditionnement, et la maison du 112 Ocean Avenue (la même que celle utilisée pour le premier film, reproduction à l'identique de la véritable maison) en impose encore plus que dans le film de Stuart Rosenberg. De l'extérieur, Damiani n'a même pas à insister sur les fameuses fenêtres en quart de lune, il joue essentiellement sur le manque de vie autour de la maison, qui quand elle n'est pas plongée dans les ténèbres de la nuit est isolée par le brouillard. A l'intérieur, il évite soigneusement les couleurs trop vives pour établir le même manque de vie. Les zones d'ombres (dont l'épicentre se situe à la cave, dans le fameux réduit caché) sont partout et semblent aspirer toute bonhommie de ce lieu pourtant a priori confortable. La mise en scène et le montage sont très peu dynamiques, renforçant l'aspect sinistre de l'endroit. A l'instar de Robert Wise sur La Maison du diable, Damiani instille l'angoisse par le biais de soudaines ruptures de rythme, que l'on associe immédiatement à ce qui hante la maison. La caméra se fait alors extrêmement mobile, entre visions subjectives, envols au dessus des personnages et même plans surréalistes dans lesquels les mêmes personnages ont la tête en bas. Le réalisateur ne se contente pas de cela et prolonge le malaise jusque dans les relations entre ses protagonistes : les Montelli (c'est à dire les DeFeo, renommés ainsi pour une histoire de droits) forment une famille profondément désunie, ce qui contribue donc à cultiver l'ambiance délétère dans leur foyer. Le père (joué par Burt Young) est adepte de la tyrannie militaire. Intolérant, il effraie sa femme, déjà la seule à s'inquiéter des phénomènes étranges de la maison, ce qui la conduit donc à se replier sur elle-même et sur sa croyance. Passons sur les deux plus jeunes enfants, dont la présence n'est due qu'à la volonté de respecter plus ou moins la vraie composition de la famille DeFeo, et sur lesquels Damiani ne s'attarde pas, et évoquons le cas des deux aînés. Sonny, le futur assassin, est un personnage inquiétant avant même qu'il ne devienne possédé. Émacié, blafard, silencieux, il semble prendre sur lui pour canaliser toutes les mauvaises vibrations au sein de sa famille. La possession s'inscrit alors comme l'évolution logique de son état psychologique fragile, et même de son physique particulier, puisque régulièrement le réalisateur nous montre le visage déformé de Sonny (plus elles sont fugaces, plus ces visions sont inquiétantes). Sa soeur Patricia semble être la seule personne pour laquelle il éprouve de l'affection. Mais une affection malsaine, culminant dans une scène d'inceste très bien construite, dénaturant petit à petit les sentiments frère-soeur et rompant ainsi définitivement la seule bribe d'humanité qui restait dans cette famille destinée à mourir. Le seul espoir est alors placé par Patricia en la personne du curé de famille, conscient des difficultés de ses ouailles mais qui on le sait d'ores et déjà ne trouvera aucune solution. Du reste sa présence s'explique plutôt par la nécessité d'introduire la trop longue dernière partie du film, après le meurtre, qui nous fait sortir de la funeste maison pour assister à une version condensée à l'extrême de L'Exorciste dont les seuls mérites sont les excellents maquillages horrifiques (eux aussi largement influencés par le film de Friedkin). Il est d'ailleurs fort dommage que Damiani n'ait pu ou n'ait su prolonger son film jusqu'à l'heure et demie car en l'état, sa dernière partie vient briser net l'élan qu'il avait su prendre dés le générique de début pour construire un film de maison hanté rudimentaire tirant son efficacité de sa sobriété, ce qui en soit est déjà assez rare.



Loïc Blavier

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