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Tekkon kinkreet. 2006.
Origine : Japon
Genre : Action
Réalisation : Michael Arias
Avec : Kazunari Ninomiya, Yu Aoi, Yusuke Iseya, Kankuro Kudo...


Deux jeunes orphelins, Blanc et Noir, sèment la terreur dans les rues de Treasure Town, quartier particulièrement animé d'une mégalopole qui ressemble à s'y méprendre au Tokyo actuel. Rackettant bandits, yakuzas et fanatiques religieux, les deux gamins, surnommés "les chats" pour leur agilité et leur rapidité à virevolter dans les airs, sont pourtant comme le jour et la nuit, Noir se montrant aussi dur et enragé que Blanc est innocent et lunaire. Tout bascule le jour où un puissant yakuza venu de l'étranger décide de les éliminer afin de refaçonner Treasure Town à son image...

Amer Béton marque le passage à la réalisation de l’américain Michael Arias, lequel avait déjà participé aux effets spéciaux de deux courts d’Animatrix : "Seconde Renaissance" de Mahiro Maeda et "Au-Delà" de Kôji Morimoto.
De ce fait, Amer Béton est également le premier anime japonais à être réalisé par un occidental. Le film n’est cependant en rien une œuvre occidentale, Arias vit au Japon et œuvre au sein du studio 4°C majoritairement composé de japonais. Il est également fan du Manga « Tekkon Kinkreet » de Taiyo Matsumoto (que je n’ai pas encore lu) à l’origine du film. Comme le manga, le film aborde des thèmes que l’on retrouve assez régulièrement dans le monde de la bande dessinée japonaise. Le Yin et le Yang, le passage à l’âge adulte, le milieu urbain… Mais là où il se distingue c’est dans son traitement novateur et original de ces mêmes thèmes. Par exemple, le Treasure Town de Amer Béton n’a rien à voir avec le Néo Tokyo cyber-punk de Akira. Au contraire, la ville est ici dépeinte comme un univers baroque, aux couleurs vives et à la densité quasi-organique. Une approche beaucoup plus ancrée dans la réalité malgré les aspects visuels à la lisière du fantastique que le film n’hésite pas à montrer. Cette ville fictive évoque intensément un Tokyo cosmopolite et en perpétuel changement. On retrouve le même aspect réaliste dans la description des personnages et de leurs actions. La ville est aux mains de promoteurs immobiliers qui en changent la physionomie selon l’argent que cela va leur rapporter, ne se souciant pas de la déshumanisation progressive que cela entraînera. Déshumanisation que certains nostalgiques mais lucides regrettent. Et enfin il y a les enfants abandonnés, livrés à eux-mêmes, et la police à la fois impuissante et portée par une volonté d’avoir un rôle social. Rien que via ses personnages le film développe quantités de thèmes riches et actuels.
Alors que les enfants sont contraints de voler et de se battre pour survivre, devenant aussi cyniques et désabusés que les adultes, ces derniers veulent transformer la ville en un immense parc d’attraction régressif...
Le traitement de ses thèmes et à la fois très pertinent et très adulte. Le film fourmille d’influences et d’idées, il fait beaucoup appel à la mythologie et aux rêves. La mer revêt une forte symbolique d’évasion, attirant inexorablement les enfants et les yakuzas, englués dans une ville aliénante et inhumaine. L’image du Minotaure quant à elle représente notre côté sombre, et elle sera superbement utilisée lors de séquences oniriques peut-être parfois trop psychédéliques mais d’une virtuosité impressionnante.

En effet, en plus d’apporter un souffle novateur dans les thèmes et leur traitement à l’écran, Amer Béton dynamite littéralement sa trame narrative par des aspects visuels d’une beauté et d’une maîtrise rarement vues ! D’abord le dessin au trait sec et nerveux se distingue nettement des normes du manga. Les personnages y gagnent en énergie et en expression.
Ensuite l’animation est fluide et sans défauts. Amer Béton mêle animation traditionnelle et numérique, sans que le spectateur puisse les distinguer. Ainsi les course-poursuites qui parsèment le récit seront réellement ébouriffantes tant l’équipe du film maîtrise à la fois la technique et la mise en scène. Le film se permet des plans véritablement impressionnants, comme ce plan séquence qui ouvre le film ou la « caméra » suit un corbeau et virevolte dans la ville. Ca fait réellement plaisir de voir enfin un film d’animation qui possède à la fois une technique irréprochable, une mise ne scène intelligente et un imaginaire débordant. Le film regorge de trouvailles visuelles et de passages oniriques de toute beauté. La créativité des auteurs du métrage semble sans limite et c’est un ravissement pour nos yeux !
Le film peut ainsi osciller entre des passages calmes et très touchants et d’autres très nerveux et vraiment violents. La violence est d’ailleurs très bien utilisée dans le film. Les scènes « d’actions » sont toujours très courtes mais réellement intenses. La violence est très sèche, jamais esthétique, et les coups sont douloureux. Amer Béton est également d’une noirceur peu commune, et le film contient des passages vraiment éprouvants.

En somme, Amer Béton est une œuvre d’une rare intensité, à la fois visuelle et scénaristique. C’est là un film furieusement original nous offrant quelque chose d’inédit qu’il serait dommage de rater.

Arnaud Schilling

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