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Altered. 2006.
Origine : Etats-Unis
Genre : Horreur
Réalisation : Eduardo Sanchez
Avec : Adam Kauffman, Catherine Mangan, Brad William Henke, Mike C.Williams...




Rappelez-vous, nous sommes en 1999. Un petit film fabriqué avec trois francs six sous nous relatant le reportage de trois étudiants disparus sur la sorcière de la forêt de Blair à partir de leurs bandes vidéos provoque un « buzz » monumental. Tout a commencé au festival de Sundance pour lequel Le Projet Blair Witch avait été sélectionné. A partir de cette séance de minuit et d’un habile marketing jouant pour la première fois avec la sphère internet, Eduardo Sanchez et Daniel Myrick, les réalisateurs, se sont retrouvés à la tête du film le plus rentable de l’histoire du cinéma, doublé d’un véritable phénomène de société. Après un tel coup de maître, tout leur est désormais permis. Curieusement, les deux hommes ne feront plus parler d’eux durant un long moment. Seule la sortie de Blair witch 2 : le livre des ombres en 2000, film auquel ils ne sont en rien liés, a contribué à remettre momentanément leurs noms sur le devant de la scène. A croire que l’héritage de leur succès a été particulièrement lourd à porter. Et puis voilà qu’un jour de septembre 2009, les rayons dvd de nos magasins habituels se sont pourvus d’un titre signé « par le réalisateur du Projet Blair Witch », Eduardo Sanchez. Le titre en question, vous l’avez deviné, est ce Altered – Les Survivants, nouvelle tentative dans le genre horrifique mais nanti de moyens plus élevés que son coup d’essai. Le retrouver là, au rayon inédits sans passer par la case cinéma (seuls le Japon et les Philippines lui ont fait cette faveur) peut étonner compte tenu du passif du bonhomme. Cela démontre que dans le milieu du cinéma, succès ou pas, les réalisateurs sont bien peu de chose...

Une nuit, dans une forêt, trois hommes lourdement armés traquent un gibier invisible qu’ils ont l’air de parfaitement connaître. Si ils réussissent à le capturer, non sans mal, ils ne parviennent pas à se mettre d’accord sur le sort à lui réserver. Ils décident donc de l’amener chez Wyatt, un ami qu’ils ont perdu de vue depuis leur kidnapping par les extraterrestres, et qui serait susceptible de leur indiquer la marche à suivre. Vous l’avez compris, ledit gibier n’est autre qu’un extraterrestre. Et ce dernier va rendre la tâche particulièrement difficile à ses geôliers.



Pour sa première réalisation en solo, Eduardo Sanchez change logiquement son fusil d’épaule. Bien que le récent Paranormal activity, héritier direct quoique tardif du Projet Blair Witch, ait rencontré un incroyable succès, il paraît tout de même improbable que le même homme usant des mêmes effets touche le jackpot une seconde fois. Alors plutôt que de chercher à faire passer des vessies pour des lanternes en jouant la carte de la suggestion, Eduardo Sanchez choisit la transparence en donnant la part belle aux effets sanguinolents et autres maquillages. A posteriori, ce choix s’avère judicieux puisque les effets spéciaux sont la seule chose de positive qu’on puisse retirer de ce film.
Altered – Les survivants se présente sous la forme d’un huis clos. La traque de l’extraterrestre en pleine forêt ne dure que le temps du prologue, unique lien tenant lieu de clin d’œil à un Projet Blair Witch qui avait fait de la forêt son personnage principal. Toutefois, impénétrable et constituant une sorte de no man’s land entre la demeure transformée en bunker de Wyatt et le monde extérieur (la ville), cette forêt n’en possède pas moins pour les protagonistes le même caractère anxiogène. C’est dans cette forêt que les quatre amis ont été kidnappés (enfin 5, si on compte celui qui n’a pas survécu aux expériences pratiquées sur eux) et c’est là qu’ils ont retrouvé la trace d’un alien, ce dernier et ses congénères symbolisant en quelque sorte le monstre de la forêt, à l’instar de la sorcière de Blair. Mais là où Le Projet Blair Witch jouait sur des peurs séculaires et quelque peu folkloriques, Altered – Les Survivants repose sur une paranoïa liée aux extraterrestres, droite héritière des années 50 (d’ailleurs, par son côté artisanal -un homme dans un costume-, les maquillages de l’extraterrestre renvoie aux films de cette décennie). L’existence avérée ou non d’une intelligence extraterrestre a donné lieu aux États-Unis à toute une mythologie tournant entre autres autour de cette usine à fantasmes qu’est l’area 51. C’est sur cette imagerie que Eduardo Sanchez s’appuie pour développer son histoire. Ses personnages n’ont pas seulement été les témoins de l’existence des extraterrestres mais aussi les victimes de leurs expériences. Traumatisés et particulièrement revanchards, ils ne parviennent plus à mener une vie normale. Et hors de question pour eux de monnayer leur triste expérience en se répandant dans les tabloïds locaux. Leur première rencontre du troisième type les a profondément marqués dans leur chair, Cody y ayant même perdu un frère et les trois autres un ami. Cependant tous n’ont pas réagi de la même manière. Wyatt, par exemple, a préféré s’isoler pour oublier toute cette histoire. Mais sa demeure transformée en forteresse imprenable indique qu’il lui est impossible d’oublier. La tension inhérente au huis clos est donc à la fois nourrie par les rapports conflictuels entre les personnages (Cody accuse Wyatt d’avoir laissé mourir son frère) et par la présence de l’extraterrestre, dont la question du devenir synthétise les dissensions entre les quatre amis. Si on peut savoir gré à Eduardo Sanchez de ne pas avoir joué sur les plates-bandes du Alien de Ridley Scott en faisant de son film un jeu du chat et de la souris, on peut néanmoins lui reprocher la stérilité de son huis clos. Pour Wyatt, tuer cet extraterrestre reviendrait à provoquer la colère de ses congénères et donc à empirer leur situation. Partant de là, le film se résume à des parlottes inutiles autour d’un extraterrestre désireux de s’évader par tous les moyens. Est-ce là source de suspense ? Fichtre, non ! D’ennui plutôt. De forte constitution, l’extraterrestre encaisse les coups sans broncher, s’autorisant quelques fantaisies hypnotiques lorsqu’un imprudent vient à croiser son regard. Et lorsqu’il parvient à échapper à la vigilance de ses geôliers, c’est pour s’adonner à quelques activités potaches des plus grotesques. Tout le monde a, je pense, au moins une fois dans sa vie joué à la corde. Vous savez, ce jeu qui oppose deux équipes à chaque extrémité d’une corde et qui consiste à tirer de part et d’autre afin d’entraîner l’une des deux équipes au-delà d’un seuil entérinant la victoire de l’autre équipe. Et bien ici, l’extraterrestre joue à ce petit jeu, remplaçant la corde par les intestins du pauvre Otis. La scène est en soi assez risible à regarder mais comme si cela ne suffisait pas, Eduardo Sanchez en rajoute dans le n’importe quoi. Ainsi, après avoir neutralisé l’extraterrestre, Wyatt s’empresse de ramener tous les intestins de son ami dans le trou béant duquel ils ont été extraits tout en le rassurant quant à ses chances de survie. La méthode Coué a encore frappé !!! Et tout est à l’avenant. Un shérif passe dans le coin juste pour se faire tuer et vider deux - trois canettes de bière, l’un des quatre compères réussit à s’extraire d’un mur sur lequel il a pourtant été solidement cloué, chaque blessure est invariablement soignée à coup de gros rouleau de scotch, et on découvre que Wyatt dispose de tonnes d’explosif sans que rien ne le justifie. C’est fou comme dans de nombreux films américains, les explosifs ont l’air aussi facile à obtenir que n’importe quelle arme de poing ! Pour le coup, c’est le seul point sur lequel le film s’avère effrayant.



Avec Altered – Les Survivants, Eduardo Sanchez rentre dans le rang des réalisateurs sans personnalité qui nourrissent continuellement les rayons de DVD inédits. Incapable de gérer convenablement son huis clos et d’y insuffler un minimum de tension (la prestation des acteurs n’aidant pas), le réalisateur démontre que sa volonté initiale d’apporter un souffle nouveau au film d’horreur n’a pas survécu à une approche plus classique du genre. Son film suivant, Seventh moon, connaîtra un sort similaire, tant et si bien que sa dernière réalisation à ce jour, ParaAbnormal a directement été réalisé pour le marché de la vidéo. Aveu d’impuissance d’un réalisateur qui semble voué à n’être que l’homme d’un seul film au point que l’arlésienne d’un nouveau Projet Blair Witch par ses soins et ceux de son compère revient régulièrement.

Bénédict Arellano

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