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A l'intérieur. 2007.
Origine : France
Genre : Horreur
Réalisation : Alexandre Bustillo et Julien Maury
Avec : Alysson Paradis, Béatrice Dalle, Nicolas Duvauchelle, Nathalie Roussel...




Depuis la mort tragique de son mari dans un accident de voiture, Sarah est seule et malgré une mère omniprésente, c'est seule qu'elle passera son réveillon de Noël. Seule et enceinte. Cette nuit est la dernière que la jeune femme passera chez elle. Le lendemain matin, elle doit entrer à l'hôpital pour accoucher. Dans sa maison, tout est calme. Jusqu'au moment où quelqu'un vient frapper à sa porte. Derrière, une femme prête à tout pour arracher l'enfant qu'elle porte en elle...

Le cinéma de genre français a toujours été beaucoup moins vivace que ses congénères américains ou italiens, pour ne citer qu’eux. Est-ce la faute à des producteurs trop frileux ou a un réel manque de talents dans notre pays ? Pas facile de trancher, mais force est d’avouer que le cinéma d’horreur est très peu présent en France.
Aussi, la mise en route d’un projet de survival horreur tel que A l’intérieur fait toujours beaucoup parler d’elle. D’autant plus quand ledit projet est l’œuvre de Alexandre Bustillo, amoureux du genre et connu pour avoir participé à la célèbre revue Mad Movies. Un jeune réalisateur passionné et sincère, et apparemment bien décidé à faire bouger les choses pour offrir à la France un vrai film d’horreur gore et ultra-violent, et pourquoi pas annonciateur d’une future vague de films d’horreurs français...

Seulement voilà, ce renouveau du film d’horreur français avait déjà été annoncé après un Maléfique très sympathique, un Haute Tension bien nase, et un Calvaire plus belge que français malgré ses acteurs… et on l’attend toujours. Que l’on aime ou pas ces films, force est de constater qu’aucun n’a eu l’impact qu’ont pu avoir Zombie ou L’Exorciste en leur temps...
Et ce n’est pas A l’intérieur qui changera la donne.



Et pourtant, on constate quand même quelques évolutions. Tout d’abord la promotion du film s’est faite de manière exceptionnellement large pour un film d’horreur. Affiches dans le métro et les arrêts de bus, bandes annonces sur internet et dans les cinémas, passage à Cannes et interviews des actrices sur les plateaux télés... Quand on sait que Haute Tension était sorti dans le quasi-anonymat quatre ans plus tôt, on voit quand même là une certaine évolution. Cela dit ne crions pas victoire trop tôt, le nombres de salles dans lesquelles passe le film n’excède pas la centaine sur toute la métropole.
Autre évolution : le gore. Disons le tout net, jamais film français n’a été aussi sanglant. Haute Tension est un film pour midinettes frileuses à coté... A l’intérieur accumule éventrations, énucléations, décapitations et pleins d‘autres mots douloureux qui finissent par ‘tion’...
Comme quoi, même en France on peut faire des films qui éclaboussent.
A ce titre on peut éventuellement parler de A l’intérieur comme d'un film français révolutionnaire. Mais à ce titre uniquement, parce que hélas le reste s’avère plutôt décevant.
En effet on a l’impression que le tandem de réalisateurs, à force de ne penser qu’à montrer du gore pour secouer les choses, en oublie l’essentiel : faire peur !
Dommage, vraiment très dommage parce que le film commençait pourtant d’une manière diablement excitante. En plus de bénéficier de nombreux aspects vraiment réussis.
Le début est des plus sympathique malgré quelques sporadiques défauts : l’ambiance s’installe calmement, et très vite le spectateur ressentira la même solitude et la même mélancolie que l’héroïne. Et il s’y attachera tout doucement. A ce titre l’actrice principale est plutôt douée et nous livre un portrait très réaliste de Sarah.
Soucieux d’inscrire leur film dans un contexte social particulier, les deux réalisateurs feront échos aux émeutes qui secouent la capitale. Cela renforce le réalisme de l’histoire d’une part, et d’autre part, impose la maison de Sarah comme un lieu de sécurité par rapport au monde extérieur, à l’instar du ventre d’une mère pour son enfant.
Finalement on ne regrettera dans cette scène d’exposition que l’usage prématuré, et inutile d’ailleurs, d’un plan de l’intérieur du ventre, où on voit un fœtus en CGI au rendu très artificiel et ultra moche. Je ne comprends toujours pas pourquoi les deux réalisateurs ont eu tant de fois recourt à ce plan tout au long du film. En effet son inutilité pour l’intrigue n’a d’égale que sa laideur...
Mais continuons sur les points positifs. L’arrivée de Béatrice Dalle, inquiétante, mystérieuse, glaciale et terrifiante, est vraiment excellente. Le personnage, dont on ne sait rien, n’est au début qu’une silhouette obscure. L’imagination du spectateur fonctionne ici à merveille.
L’actrice (qui s’est auparavant illustrée dans un Trouble Every Day branchouillard mais bien gore, et qui est quand même une des seules femmes en France à pouvoir briller dans ce type de rôles de psychopathes, Marine Le Pen étant hors catégorie) est vraiment bluffante dans ce rôle. Féline et déterminée, imprévisible et ultra violente, elle risque fort de marquer les mémoires.
La toute première agression fait aussi clairement partie des bons points du film. Fort d’une ambiance déjà tendue, le film atteint alors des sommets de brutalité. Le coup des ciseaux sur le nombril est vraiment terrible.
Enfin, saluons le très bon travail effectué sur la photo et les teintes du film. L’image est toujours très sombre et oppressante. Cela installe une ambiance obscure du plus bel effet. Le métrage baigne également dans des couleurs chaudes, très charnelles. Et l’idée de faire virer progressivement ses couleurs au rouge sang est excellente et fait échos à la montée de la violence.



Avec une telle première partie, on se demande vraiment comment les réalisateurs ont pu foirer leur coup à un tel point... et pourtant...
Sans doute est-ce la faute à un scénario bien trop étriqué. Une fois que l’affrontement entre les deux femmes commence, clef de voûte de l’histoire, les réalisateurs semblent perdus et se répètent vainement durant toute la seconde partie du film. Le recours répétitif à des intervenants extérieurs au duo finit par lasser et ne vient plus relancer le rythme de l’intrigue, qui frôle alors dangereusement l’ennui.

Ensuite, l’usage du gore à outrance, s’il était encore impressionnant dans les premiers instants du film, finit par ennuyer aussi... Pire que ça, à force d’en montrer toujours plus de manière systématique et artificielle le film tombe dans des grand-guignolades gores grotesques et ridicules dignes d’un gros Z fumeux. A l’intérieur s’aliène alors complètement le spectateur. Et en trempant sa caméra complaisante dans le sang, Bustillo et Maury ne font plus peur, mais provoquent un sentiment de lassitude bien légitime fasse à ce type de surenchère factice. On ne le répètera jamais assez, un film angoissant repose avant tout sur son ambiance et sa force de suggestion. Le gore ne doit être qu’un élément accessoire destiné à rendre tangible la menace, et pas la finalité du film comme c’est le cas avec A l’intérieur. Impardonnable quand le film a pour prétention de vouloir faire peur en adoptant un ton sérieux et réaliste.
Le film est beaucoup trop démonstratif, tant dans le gore que dans le scénario : la séquence obligée ou la méchante explique les tenants et les aboutissants de l’histoire réduit à néant toute l’ambiance de mystère qui faisait toute la force du début. Là encore, à vouloir en faire trop, les réalisateurs sabotent leur film. Aussi, le plan final, qui est d’une étrange beauté à la fois repoussante et fascinante, perd totalement l’impact qu’il aurait pu avoir si le film avait été mieux mené.
Enfin la réalisation ne transcende jamais ce qu’elle filme. On a même droit à d’affreux passages clipesques accompagnés d’une bande son saturée très désagréable...

Bref, un film très décevant, dont les qualités réelles sont malheureusement détruites par un excès de gore idiot et un scénario mal construit. Et finalement cet espèce d’Uncut Movie prétentieux ne satisfera que les spectateurs peu exigeants et avides de barbaque sanguinolente outrancière...

Arnaud Schilling

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