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Alien resurrection. 1997.
Origine : Etats-Unis
Genre : Science-fiction
Réalisation : Jean-Pierre Jeunet
Avec : Sigourney Weaver, Winona Ryder, Dominique Pinon, Ron Perlman...



Dans le genre "il n’est pas question de mettre un terme à une franchise lucrative", la 20th Century Fox se pose là. Alors que tout portait à croire que Alien 3, en tuant Ripley, mettait un terme définitif à la saga, des pontes de la Fox en ont décidé autrement. Après avoir un temps envisagé de reprendre la saga sans le personnage de Helen Ripley, ce quatrième épisode l’a finalement intégré via une astuce scénaristique qui doit autant à l’actualité de l’époque (la brebis clonée Dolly commençait à faire parler d’elle) qu’au travail du scénariste Joss Whedon. Ce dernier, d’abord réfractaire à l’idée du clonage qu’il jugeait stupide, s’y est peu à peu accommodé en réfléchissant à toutes les opportunités intéressantes que cela pouvait amener concernant le personnage de Ripley. Et c’est justement cette dimension supplémentaire qui a convaincu Sigourney Weaver de reprendre le rôle, elle qui a toujours mis un point d’honneur à ce que son personnage évolue au fil des épisodes. L’actrice vedette faisant à nouveau partie de l’aventure, ne restait plus qu’à trouver un réalisateur. Comme pour l’épisode précédent, de nombreux noms de candidats potentiels ont circulé. C’est finalement Danny Boyle, le jeune réalisateur remarqué de Petits meurtres entre amis et Trainspotting, qui obtient le poste. Mais sans même avoir réellement planché sur le projet, il finit par se rétracter, pour le plus grand bonheur de Jean-Pierre Jeunet dont les films Delicatessen et La Cité des enfants perdus, co-signés avec son compère Marc Caro, jouissent d’une certaine aura aux États-Unis. Malgré un budget important et son statut de novice en matière de blockbuster, Jean-Pierre Jeunet a obtenu toute latitude de la part du studio pour s’entourer des techniciens de son choix. Le soutien indéfectible de Sigourney Weaver, également co-productrice, a énormément pesé dans la balance. C’est ainsi qu’au générique défile les noms de nombreux habitués de l’univers de Caro et Jeunet : Pitoff pour les effets spéciaux, Darius Khondji à la photographie, ou encore Domique Pinon et Ron Perlman en tête de la distribution. Tout cela contribue à faire de Alien, la résurrection un film éminemment personnel, en dépit des figures imposées par une mythologie déjà existante. Jean-Pierre Jeunet se montre fier de son film, au point de ne pas comprendre l’ajout d’une version longue pour son édition dvd. A raison tant celle-ci se révèle anecdotique, n’ajoutant que quelques lignes dispensables de dialogue par-ci par-là et un plan final sur un Paris dévasté qui vaut plus par son clin d’œil que par sa pertinence.

USM Auriga, station militaire de recherche médicale – Sous le double chapeautage des docteurs Gediman et Wren, la huitième tentative est la bonne. A partir de gouttes de sang retrouvées sur la planète Fiorina 16, ils sont enfin parvenus à cloner le Lieutenant Helen Ripley. Plus que la femme, c’est le bébé alien –une reine– qui les intéresse, toujours dans le but de domestiquer la créature pour en exploiter les aptitudes prédatrices à des fins militaires. Toutefois, ébahis par l’extrême maturité de Ripley et sa grande force physique, fruit du mélange de ses cellules à celles de l’alien dont elle a enfanté, les scientifiques décident de la garder en captivité et d’observer son évolution, parallèlement à la poursuite de leurs expériences sur des aliens. Inévitablement les aliens, dont la naissance a été obtenue grâce aux corps hôtes amenés par l’équipage du Betty, finissent par s’échapper et à semer mort et désolation dans toute la station. Réunis autour de Ripley, les survivants vont tenter de regagner leur navette pour quitter l’Auriga.



Voici donc le Lieutenant Helen Ripley aux prises pour la quatrième fois avec les aliens. Ce qui pourrait lasser à la longue constitue en fait la principale qualité d’une saga qui, via un personnage principal en constante évolution, est parvenue à assurer sa pérennité. Les récents Alien vs Predator l’ont confirmé, toute majestueuse et effrayante que soit la création de Giger, l’alien demeure une créature trop limitée pour être à elle seule l’unique intérêt de la saga. Sa force, elle la tire indiscutablement du lien qui se renforce de film en film entre la belle et la bête, jusqu’à cet accouchement douloureux qui concluait de façon dramatique Alien 3.
Cet accouchement, Alien, la résurrection se propose de nous le faire revivre, mais cette fois-ci à des fins introductives. Ripley et l’alien ayant tous deux disparus, la saga se voit dépourvue de ses deux éléments fondamentaux qu’il convient de ramener à la vie. C’est justement la tâche à laquelle s’attellent les docteurs Gediman et Wren. Par le biais de l’acte fondateur des deux hommes, Alien, la résurrection se rattache à tout un pan du cinéma fantastique à base de savants fous et de leurs créations incontrôlables. Dans leur folie créatrice, Gediman et Wren s’arrogent tous les droits, n’hésitant pas à sacrifier des vies humaines pour mener à terme leurs petites expériences. A sa manière, le film de Jean-Pierre Jeunet pointe du doigt les dérives de la science et de ses représentants, dont leur grande confiance en eux et leur fascination pour leur travail confinent à l’aveuglement. En se croyant capable de domestiquer les aliens, les deux scientifiques précipitent en fait leur propre destruction. Un juste retour des choses, en somme. Le film se voulant avant tout un grand spectacle, la charge demeure légère. Néanmoins, c’est lorsqu’on s’y attend le moins, et alors que le film est vraiment lancé, que Jean-Pierre Jeunet parvient à distiller un soupçon de malaise. Lorsqu’à la suite de Ripley les survivants pénètrent dans la salle des clones ratés, l’image de ces corps difformes aux rictus de douleurs imprimés sur leur visage renvoie aux expérimentations, bien réelles celles-là, d’un docteur Mengele. Et le malaise se poursuit jusqu’à la découverte des cadavres de ces hommes ayant servi de corps hôtes aux bébés aliens. A ce moment là, le film plonge dans une horreur d’autant plus palpable qu’elle se pare d’accents de vérité. Plus que les aliens, dont le comportement n’est régi que par leur instinct, les vrais monstres du film sont ces scientifiques sans scrupules, prêts à sacrifier des vies et à bafouer toute éthique pour parvenir à leurs fins. Wren incarne donc le salopard de service en qui on ne peut avoir aucune confiance, tandis que Gediman perd tout sens de la mesure dès qu’il est question de ses créations, faisant montre d’un enthousiasme débordant dans les situations les plus délicates comme sa présence dans le nid des aliens. Cependant, cet enthousiasme est à tempérer dans la mesure où à ce moment du film, ce personnage est clairement utilisé pour s’assurer que le spectateur comprenne bien ce qui se passe à l’écran. Gediman n’existe alors plus que pour servir de porte-voix à un réalisateur peu confiant vis-à-vis de l’intelligence du spectateur. Après, il est possible que le retour de ce personnage soit une concession de la part de Jean-Pierre Jeunet, sachant que les studios hollywoodiens affectionnent les grosses productions parfaitement balisées. Quoiqu’il en soit, cette réapparition donne un aspect ridicule à une scène clé du film, point de départ d’un enchaînement de situations déjà vues et d’un climax éculé depuis le premier Alien. Le seul changement notable ici réside dans la manière dont Ripley appréhende désormais ces épreuves qui n’ont désormais plus aucun secret pour elle.
La Helen Ripley telle qu’on l’a connue n’est plus. Celle qui renaît sous nos yeux n’est qu’un clone et, en cette qualité, ne peut réagir de la même façon que l’héroïne que nous connaissions. La Ripley première version luttait farouchement pour sa survie lorsque la seconde oppose à tout ce qui l’entoure un certain détachement, voire de l’indifférence. La mort, elle connaît, et elle a pleinement conscience qu’elle n’est qu’un ersatz de ce qu’elle a été. Mieux, elle est devenue un être hybride aux caractéristiques mi-humaines, mi-aliens. Il résulte de cet état une profonde confusion qui l’amène à s’interroger sur la place qu’elle doit tenir. En lien sensoriel avec les aliens, elle ne peut s’empêcher de se sentir attirée par ceux qu’elle fuyait par le passé, du fait du lien quasi familial qui les unit désormais. Cette attirance atteint son apogée lors d’une scène à la sensualité trouble qui voit Ripley s’oublier dans une étreinte ambiguë avec la reine alien. A ce titre, Alien, la résurrection brouille tous nos repères. On ne tremble plus de la même manière devant les dangers qu’affrontent Ripley, convaincus qu’elle s’en sortira sans encombre. De fait, la menace incarnée par les aliens devient moins prégnante et se fait plus parcimonieuse. D’ailleurs, leurs interventions ne comptent pas parmi les plus réussies de la saga. Mais cela n’est rien comparé à l’échec artistique que représente le nouvel alien, compromis entre l’alien original et son ascendance humaine, disposant de la morphologie du premier et de quelques organes de la seconde (les yeux, une langue immense en lieu et place de la meurtrière mâchoire rétractable). Son allure pataude n’en fait pas un monstre très menaçant (il tient du peu fameux Rawhed Rex du film éponyme) et encore moins émouvant, quand bien même la mise en scène de sa mort tente de jouer sur la corde sensible. Sigourney Weaver a beau être impeccable, traduisant à merveille les tourments et toute l’ambiguïté de son personnage, ses larmes de mère meurtrie laissent de marbre.



A l’instar de Mad Max 3 : au-delà du dôme du tonnerre, Alien, la résurrection est considéré comme le vilain petit canard de la saga. Il faut toutefois reconnaître à Jean-Pierre Jeunet son approche originale et personnelle du sujet. Visuellement, grâce à l’excellent travail de Darius Khondji, le film est superbe. Par sa photographie à dominante jaune et couleur rouille, il renouvelle avec bonheur l’ambiance claustrophobique de la saga. Et puis certains plans osés et ludiques font mouche, comme cette plongée abrupte dans l’œsophage d’un personnage criant tout ce qu’il peut jusqu’au bébé alien qu’il porte en lui et qui s’apprête à lui perforer le ventre. On retrouve également la patte Jeunet dans le choix de ses comédiens, des seconds couteaux de talent et au visage expressif (Dominique Pinon et Ron Perlman, donc, mais aussi Michael Wincott, Brad Dourif et l’étonnant J.E Freeman). Néanmoins, son film souffre d’un sérieux déséquilibre imputable à la place importante que prend la nouvelle Ripley. Dotée d’une sensualité animale, à la fois fragile et pourvue d’une force surhumaine, Ripley vole la vedette aussi bien aux aliens qu’aux pirates de l’espace. Ces derniers ne dépassent jamais le stade du stéréotype. Patibulaires, forts en gueule mais courageux, ils ne sont là que pour assurer un minimum d’action au film. Quant à Call, androïde plus humain que les humains, elle fait figure de petite fille un peu trop sage à côté de Ripley, à l’image de Winona Ryder, au jeu trop fade.
Loin d’être déshonorant, Alien, la résurrection peine tout de même à rivaliser avec ses illustres prédécesseurs. Cela témoigne d’un certain essoufflement d’une saga qui en trois films avait déjà fait le tour de Ripley, personnage qui avec ou sans ce quatrième film était déjà voué à rester dans les mémoires des amateurs de fantastique.

Bénédict Arellano

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