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Ali. 2001.
Origine : Etats-Unis
Genre : Biopic
Réalisation : Michael Mann
Avec : Will Smith, Jon Voight, Jamie Foxx, Ron Silver...


De l’avis de nombreux spécialistes, réaliser un biopic sur l’homme considéré comme l’un des plus exceptionnels boxeurs de l’Histoire n’était pas chose aisée. Les attentes de chacun, nombreuses, avaient tout pour décevoir le moindre fan de l’homme anciennement nommé Cassius Clay.
La première difficulté pour la production était de trouver l’acteur qui incarnerait le très charismatique boxeur. La seconde, c’était de réussir à faire le tour du personnage avec toutes les contraintes que peuvent entraîner un film, contraintes de temps, de budget, contraintes techniques…

Spike Lee était le premier sur le coup. Son choix s’était posé sur Denzel Washington. Mohammed Ali préférait porter son choix sur Will Smith, restait plus qu’à trouver un réalisateur. Grand admirateur de Michael Mann, Ali suggéra le réalisateur de Heat. Ce dernier, intéressé, n’était pas convaincu par le scénario qui existait déjà, qui s’appuyait beaucoup sur des flash-backs. De plus, il trouvait qu’Ali n’y était pas représenté comme il le voyait lui. Il voulait donner une vision personnelle du personnage. Le scénario original mettait en avant l’élévation spirituelle d’Ali par la souffrance. Ne voyant pas le boxeur comme il y était dépeint, il réécrit le scénario avec l’aide de son compère Eric Roth.
« Je ne voulais pas faire Ali à moins de trouver une structure narrative qui fasse honneur à l’ironie et à la thématique complexe de la vie de cette homme », s’expliqua le réalisateur.
De même, Mohammed Ali ne veut pas d’un film larmoyant sur lui, il veut une œuvre qui se rapproche le plus possible de la vérité, il ne veut pas être déifié, simplement être montré tel qu’il est ou a été. C’est aussi pour cela que son choix, car il a son mot à dire, et celui de Will Smith se portent sur Michael Mann. Son angle d’approche est le suivant : « J’ai lu le livre de Mike Marqusee, Redemption Song, qui montre comment Ali a consciemment construit son image et sa signification auprès du public, en particulier des Noirs américains, mais aussi de toutes les personnes privées de leurs droits de par le monde. »
Ce qui change aussi par rapport au script original, c’est que Michael Mann tient à ne traiter que dix années de la vie Mohammed Ali, avec pour départ le premier titre de champion du monde en 1964 face à Sonny Liston, et en ligne de mire le combat au Zaïre à Kinshasa, deuxième titre de champion du monde pour Ali, en 1974.
Une narration chronologique qui ne se verra affublée de flash-backs que dans l’introduction où l’on voit quelques brefs passages sur son enfance, des regards sur des points qui ont construit la psychologie de Cassius Clay, futur Mohammed Ali : un enfant lynché à Chicago, un bus dont le fond est réservé aux gens de couleurs.

La musique, dans l’œuvre de Mann a toujours eu une place prépondérante. Dans ce film, il ne déroge pas à la règle. Ouvrant son œuvre sur un concert de Sam Cook, le réalisateur passe du chanteur au boxeur, mettant ainsi en place le contexte de l’époque, cette époque qui verra un boxeur pas comme les autres s’installer comme une figure incontournable de la lutte pour les droits civiques. Malcolm X fait son apparition, un discours rappelant que personne n’a le droit de lever la main sur vous sans en subir les conséquences qu’il mérite. Le contexte est planté, il ne reste plus qu’à voir exploser Cassius Clay. L’entourage du boxeur est présenté, Blancs, Noirs, Juifs, Catholiques, Musulmans, on est déjà intrigué.
Puis l’explosion. Le combat contre Sonny Liston, le combat qui fera de lui le champion du monde des poids lourds. « Vole comme le papillon, pique comme l’abeille, et vas-y cogne mon gars ! Cogne ! »
Après avoir pris le temps de présenter l’entourage de Cassius Clay, et avoir montré le regard critique du boxeur sur la société blanche, Michael Mann nous plonge dans l’actualité du boxeur en 1964.
Michael Mann est un essayiste. Il s’essaie à diverses façons de filmer, à diverses techniques, à diverses mécaniques. Dans l’œuvre du réalisateur, c’est une marque de fabrique. Il veut jouer avec sa réalisation, s’essayer aux nouveautés et tirer le maximum et le meilleur parti des nouvelles techniques. C’est ce qu’il fera par exemple avec le numérique sur Collateral.
Les combats de boxe ne dérogent pas à cette règle. Michael Mann le sait, sur ce point là, il est attendu au tournant. L’idée est alors de transcender les combats, de les inscrire dans une logique politique j’ai envie de dire. C'est-à-dire que tout semble avoir un lien dans la vie du futur Mohammed Ali, tout semble avoir sens, comme si rien ne venait au hasard, comme si tout était déjà écrit. Michael Mann fait ce choix là. Le combat contre Liston, ce n’est pas que l’occasion pour Cassius Clay de devenir champion, c’est surtout l’occasion de faire entendre sa voix, d’être médiatisé. Ainsi, le réalisateur fait le choix de ne pas faire des combats que des enjeux purement sportifs. C’est ainsi qu’en devenant champion du monde, Elijah Mohammed, le chef des Black Muslims, offrira à Cassius Clay (après s’être rapidement fait appeler Cassius X en l’honneur de son ami et modèle Malcolm X) le nom de Mohammed Ali.
Ainsi les combats sont dirigés avec une maestria impressionnante. La tache était d'autant plus difficile que Martin Scorsese ou Stallone avaient placé la barre très haute avec Raging Bull et la série des Rocky. Le réalisateur cherche alors à aller au plus près, utilisant pour le coup une mini caméra juste au-dessus de l’épaule de Will Smith pour être complètement immergé dans le combat. Rajouté à cela un montage dynamique mettant en valeur les coups portés et reçus par les pugilistes et vous avez là des combats à la mise en scène exceptionnelle ! De plus, les fans d’Ali pourront s’en donner à cœur joie à analyser les scènes de combat rendant un hommage tout particulier aux combats originaux en se calquant sur eux de manière très précise. Autre point important, l’utilisation de la musique lors des combats. Toujours en accord avec ce qu’il cherche à montrer, Michael Mann flirte ici avec l’opéra, la musique a un sens, elle épouse l’image et sublime le boxeur.

Nous l’avons dit, 64-74, une décennie. Bien sûr, Ali ne s’est pas distingué seulement durant ces dix années, mais ce sont là des repères chronologiques qui ont un sens.
De ce fait, très vite, Ali se fait l’un des porte-parole du mouvement des droits civiques. Il réclame l’égalité entre les races et n’hésite pas à se servir de sa notoriété pour faire entendre sa voix.
Ainsi, Mann cherche à développer la relation du boxeur avec Malcolm X. On les découvre au quotidien, on les découvre confidents. Une réelle amitié se développe entre les deux personnages, tous deux ayant un profond respect et une admiration sans fin pour les faits et gestes de l’autre.
Véritable mentor pour Ali, Malcolm X va être écarté de la Nation de l’Islam (les Black Muslims d’Elijah Mohammed). A ce sujet, les versions diffèrent. Pour certains, Elijah Mohammed voyait d’un mauvais œil la popularité grandissante de Malcolm X. Pour d’autres, ce sont les propos radicaux de ce dernier qui auraient poussé la Nation de l’Islam à l’écarter. Il n’en reste pas moins que c’est un problème politique. Dans le film, Malcolm X va rendre visite à Ali qui est en train de regarder un documentaire sur les termites. Cette scène a un double intérêt. Le premier est de montrer le début de la rupture entre Mohammed Ali et Malcolm X, les prémices. Le second, c’est bel et bien le documentaire en question. Ali était un personnage qui arrivait à s’étonner de tout, à se passionner pour des choses a priori accessoires. Mann veut ainsi mettre en avant cette part de la personnalité du pugiliste qu’il ne développera pas beaucoup, préférant mettre tout le reste en avant. Mais choisir de le faire à ce moment là n’est pas anodin. En effet, Malcolm X vient se confier à son ami, lui expliquer combien il a été bouleversé par la mort d’enfants noirs morts dans l’explosion d’une église et combien il a dû refréner ses ardeurs pour ne pas exploser lui-même. Ali quitte alors son documentaire pour expliquer la fois où il avait vu dans un journal une photo d’un lynchage. Cette scène qui filme Mario Van Peebles en gros plan sur son visage laisse Ali dans le flou. Comme si Ali n’était pas encore à cette époque au même niveau d’engagement que Malcolm X.
Ali finit par rompre publiquement avec Malcolm X suite au départ de ce dernier de la Nation de l’Islam. Fait important qui montre au spectateur l’importance et l’influence qu’a Elijah Mohammed sur le boxeur. Ce dernier est manipulé pour mieux servir les propos de la Nation. Ali regrettera toute sa vie d’avoir ainsi laissé tomber son ami. Michael Mann, avec l’accord d’Ali, n’hésite pas à montrer cette facette de sa personnalité. Nous l’avons dit, Ali ne cherche pas à être grandi avec ce film, il cherche à être vu comme il l’était.
C’est pour cela que certains diront que Michael Mann n’a pas montré Ali tel qu’il était. Toujours en train de fanfaronner, de parler, de faire des rimes. Non, Ali n’était pas que ça, que ce qu’il voulait bien montrer. Il était un homme rempli de doutes, un jeune boxeur riche et naïf qui aura du mal à se séparer des Black-Muslims. Il y a cette scène formidable où Ali repousse son ancien manager, Herbert Mohammed, fils d’Elijah Mohammed, et où il explique que malgré le fait que la Nation l’ait répudié en tant que Musulman lorsqu’il était ruiné, il n’a cessé de l’être. Ali dit une chose très forte, il est ce qu’il décide d’être. Et à partir de ce moment là, la Nation avec qui il ne rompt pas sera placée de telle sorte que ce sera elle qui aura besoin de lui, et non l’inverse. Ali est désormais en position de force. Pourquoi ne rompt-t-il pas avec les Black Muslims ? C’est un mystère. Malgré tout, il s’en éloigne.
S’il a souvent été reproché aux Black Muslims leur racisme envers les Blancs, il aurait été difficile de dire la même chose d’Ali. Son entourage est composé de Blancs comme Angelo Dundee (joué par Ron Silver) son entraîneur, de Juifs comme Bundini (joué par Jamie Foxx). On peut aussi citer ses rapports amicaux et respectueux avec le journaliste blanc Howard Cosell (joué par Jon Voight).

Beaucoup ont vu dans ce film une apologie du boxeur et que le seul défaut qu’on lui trouvait, finalement, c’est qu’il était un coureur de jupons. Ses rapports avec les femmes sont néanmoins intéressants. Il a divorcé de sa première femme parce qu’elle n’était pas assez musulmane, qu’elle était trop occidentale, trop « blanche » j’ai envie de dire. C’est intéressant parce qu’on est face à un homme qui rejette cette culture blanche mais qui pourtant, très naïvement, en fait partie. C’est indéniable, Ali n’a pas su faire preuve de tolérance et s’est enfermé dans une sorte d’extrêmisme. Il ne voyait plus que le monde en noir ou en blanc. Là aussi il le regrettera. C’est pour cela que Michael Mann se donne tant de mal à mettre en place les rapports entre ses personnages, car ils sont importants pour mieux situer, mieux comprendre Mohammed Ali.

Reste qu’en 1966, Ali refuse son incorporation pour aller à la guerre du Viêt-Nam. Bien évidemment, il n’allait pas être envoyé au front, on lui proposait de servir en Allemagne et de pouvoir continuer à boxer.
A l’appel de son nom, Cassius Clay, une rupture s’engage. Il n’est plus Cassius Clay, il est désormais Mohammed Ali, et il prend alors conscience que le pays où il vit n’accepte pas, ne respecte pas son droit à être Mohammed Ali. Il refuse alors de s’engager dans l’armée. Mann réalise ensuite une scène où le montage est primordial, mettant ainsi en avant la capacité d’Ali a réaliser un discours lucide et pertinent de façon totalement improvisée. « Vous voulez m’arrêter ? Faites-le, allez-y ! Ça fait quatre siècles que je suis enchaîné, je peux le rester cinq ans de plus ! Mais je n’irais pas à 15 000 km d’ici collaborer à l’assassinat de tout un peuple ! Si je dois mourir, je mourrai ici en me battant contre vous, quand je voudrai ! C’est vous l’ennemi, pas les Chinois, ni les Vietcongs ni les Japonais, c’est vous mon adversaire quand je combats pour la liberté et que je me bats pour plus de justice, c’est vous mon adversaire quand je réclame l’égalité ! Et vous voulez que je combatte pour vous alors que vous ne faites rien pour moi ici en Amérique, rien pour mes droits rien pour ma foi, vous ne prenez jamais ma défense ici ! »
Lors du premier procès, le jugement est terrible, il est condamné à la peine maximale, cinq ans de prison, et 10 000 dollars d’amende. Il perd par la même occasion son titre (sans combattre). Il fait appel. A partir de ce moment là, Ali est seul. Son entourage le quitte, les Blacks Muslims le rejettent, on le dit perdu, il est ruiné… Malgré cela, il va s’accrocher, et cette douloureuse épreuve va lui permettre de s’émanciper de façon individuelle, loin des Blacks Muslims qui géraient sa carrière et sa vie.
Mohammed Ali refuse d’être un exemple. « Personne ne pourra jamais m’obliger à être ce que je ne veux pas être et je n’ai absolument pas peur d’être comme je suis, ni penser ce que je pense. » « J’ai aucun problème avec les Vietcong ! Aucun Vietcong ne m’a jamais traité de sale nègre ! » dit-il à un journaliste. Ces propos antipatriotiques auront de graves conséquences par la suite. On lui refuse le droit de boxer dans certains états (pour boxer dans un état, une commission de boxe donne une licence aux boxeurs pour leur donner ce droit), on veut lui retirer sa ceinture de champion du monde… (Il dira qu’ils vont faire ce qu’aucun boxeur au monde n’est capable de faire.)

En 1971, la cours suprême reconnaît à Mohammed Ali le droit de ne pas aller au Viêt-Nam. Après cinq années de calvaire, de misère, cet homme qui a tout perdu pour rester ce qu’il est, a le droit de recommencer à boxer. Il doit réaliser là un come-back historique. Ça ne sera pas pour tout de suite.
Il perd contre Frazier, champion en titre. Grosse désillusion pour Ali qui doit tout reprendre à zéro. Il veut sa revanche, il veut son titre. Alors qu’il enchaîne les combats pour pouvoir de nouveau prétendre au titre (Mann ne s’étend pas là-dessus) face à Frazier, ce dernier perd contre un jeune colosse, George Foreman, boxeur hors du commun qui écrase tout sur son passage. Si le combat Ali/Frazier a été perdu par Ali, ce fut néanmoins un combat où les boxeurs avaient un niveau similaire. Là, Frazier se fait massacrer. Pourtant Ali veut son titre, il estime qu’il lui revient de droit. Il combattra Foreman.
1974, Michael Mann arrive au bout de son film. Reste néanmoins le plus important à faire, offrir à son film un final d’anthologie. Le combat du siècle, comme il fut surnommé, aura lieu au Zaïre où Mobutu a promis d’offrir 10 millions de dollars à partager entre les deux boxeurs. Ce combat verra aussi apparaître un personnage important de la boxe : Don King qui réussit à réaliser là un évènement exceptionnel. Ce garçon a certes bien des défauts, mais sur le plan sportif, cette rencontre au Zaïre était une idée de génie.
Michael Mann emmène toute son équipe en Afrique où il souhaite tourner la fin de son film. Problème, impossible de tourner au Congo, le pays est beaucoup trop instable, trop dangereux. Si l’idéal serait sur le plan de la sécurité l’Afrique du Sud, ça aura lieu à Maputo au Mozambique. Le stade de Machava, de 64 000 places où va être tourné le combat final nécessite une remise en état qui coûtera 100 000 dollars à la production. Pour les scènes, Michael Mann désire 10 000 figurants dans les tribunes. L’équipe prospecte dans la ville. 30 000 se pointent aux portes du stade. On fait entrer tout le monde, la sécurité est minimale. Tant pis.
Reste maintenant à réaliser le « Combat dans la jungle », le combat qui reste pour beaucoup comme le plus grand combat de boxe du 20ème siècle. Tous les experts voient Ali se faire massacrer. Et je me permettrai d’ailleurs pour ceux qui le désirent de conseiller de regarder l’excellent documentaire When we were kings qui traite dudit événement au Zaïre. Si Michael Mann développe le cheminement entre l’arrivée à Kinshasa d’Ali jusqu’au combat, qui nous permet de nous plonger dans la tête du boxeur et de son entourage, les doutes, la peur (sa femme pense qu’il va se faire tuer), Ali ne montre à aucun moment qu’il a peur de perdre, voire de mourir. Comme si tout ce qu’il avait fait jusqu’à présent l’avait mené exactement ici. Il vivrait ou il mourrait. Néanmoins, le documentaire cité ci-dessus vous permettra d’avoir les témoignages d’hommes comme Norman Mailer, au plus près du boxeur.
Michael Mann retranscrit parfaitement cette atmosphère. Mais surtout, il s’intéresse à la portée de Mohammed Ali sur la population locale. Nombreux sont ceux qui l’attendent à l’aéroport, scandant haut et fort « Ali Bumaye », Ali tue-le. Puis les scènes de footing (avec la superbe chanson de Salif Keita, "Tomorrow") où hommes, femmes et enfants courent à ses côtés, l’encourageant. Il prend alors conscience combien son combat pour le droit à l’égalité aux Etats-Unis dépasse les frontières. Il est le symbole de celui qui a vaincu à lui tout seul la grande machine américaine, celui qui s’est battu pour qu’on respecte ses convictions, pour être libre, tout simplement.

Le combat se passe de tout commentaire. Pour ceux qui ne connaissent pas la grande Histoire, Ali en sortira vainqueur et récupérera son titre. Le combat terminé, un orage éclate et des pluies diluviennes envahissent les rues de Kinshasa, le timing était parfait.

Will Smith a été le choix de Mohammed Ali, choix étrange quand on pense à la filmographie de l’acteur. Pourtant, Will Smith étonne. Sobre, torturé, enflammé, il réussit à tout jouer et avec une complète justesse dans ce film. Mieux, sa transformation physique, intense, lui offre toute la crédibilité qui aurait pu lui manquer. Il remporte le Golden Globe du meilleur acteur mais rate l’Oscar au profit de Denzel Washington. Peu importe, Smith est à la hauteur. Lui qui était cantonné aux rôles de rigolos dans des films d’action pas toujours très réussis, s’impose là comme une valeur sûre. Il est l’espace d’un film Mohammed Ali, nous faisant oublier celui qu’on connaissait comme un trublion joyeux ou énervé en se transformant en homme torturé par ses doutes, mais toujours certain qu’il ne peut accepter de vivre dans un monde qui lui refuse d’être ce qu’il veut être. Ce sera son combat.
La distribution, comme à son habitude dans un film de Mann est excellente. Tous réussissent à faire vivre leurs personnages. Jamie Foxx y est époustouflant, volant parfois la vedette à Will Smith durant leurs scènes communes. Jon Voight, méconnaissable, se fond dans la peau du célèbre journaliste sportif et ami de Mohammed Ali. Reste que Mario Van Peebles souffre peut-être de la comparaison avec Denzel Washington mais livre là un Malcolm X tout à fait correct, rien n’est à jeter.

Au final, Michael Mann réalise là un coup de maître qui déconcertera nombre de personnes. Livrant là un film opéra servi par une musique toujours au service du propos, il réussit à faire de Mohammed Ali un personnage bien plus complexe, bien plus tiraillé, un homme dans toute sa splendeur, mais aussi un homme qui s’est construit dans ses doutes, dans ses erreurs, qui a grandi avec son temps, un homme réfléchi, intelligent et jusqu’au-boutiste. Une vision personnelle de Michael Mann qui a peut-être compris qui était vraiment Mohammed Ali. Ali lui-même ne l’a pas contredit, c’est dire !

Jérémie Conde

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