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Ti piace Hitchcock ?. 2005.
Origine : Italie / Espagne
Genre : Hommage honteux
Réalisation : Dario Argento
Avec : Elio Germano, Chiara Conti, Cristina Brondo, Elisabetta Rocchetti...




Jeune étudiant en cinéma, Giulio découvre les joies du voyeurisme grâce à la voisine de l’immeuble d’en face qui, en cet été torride, aime à se balader en petite tenue. Celle-ci, prénommée Sasha, fréquente le même vidéoclub que lui où elle n’a de cesse de louer toujours le même film : L’Inconnu du Nord Express de Alfred Hitchcock. Un soir, la mère de la jeune femme est sauvagement assassinée dans son appartement. Giulio se met alors en tête que Sasha, absente au moment du drame, ne serait pas étrangère à celui-ci. Il s’imagine que sur le modèle du film de Hitchcock dont elle raffole, elle se soit associée à une autre personne pour que chacune tue au profit de l’autre, s’assurant ainsi de parfaits alibis. Et cette autre personne pourrait bien être la mystérieuse Federica, étrangère au quartier mais qui fréquente depuis peu le vidéoclub...



Derrière la question posée par le titre –à laquelle nous ne sommes pas obligés de répondre– se cacherait un hommage du cinéaste transalpin au maître du suspense, Sir Alfred Hitchcock en personne. Ce choix s’avère surprenant tant les similitudes entre les styles des deux hommes ne frappent pas particulièrement aux yeux. Peut-être que Dario Argento, par ce téléfilm, souhaite réellement rendre hommage à un cinéaste qu’il affectionne, à défaut de l’inspirer. Ou alors il ne s’agit ni plus ni moins que d’un exercice de style visant à titiller l’âme du cinéphile, qui pourra toujours s’amuser à en énumérer les citations.
Passé un prologue déroutant et ridicule censé justifier ultérieurement les penchants voyeuristes de Giulio, Aimez-vous Hitchcock ? révèle sa vraie nature. Le prétendu hommage ne sert en réalité qu’à agrémenter à peu de frais un scénario pour le moins léger. L’intrigue, ouvertement inspirée de Fenêtre sur cour, navigue au gré des velléités inquisitrices de Giulio. Le bougre s’immisce dans l’appartement de la victime, vole du courrier qui lui était destinée et se lance dans une filature improbable. Cette dernière scène témoigne du total je-m’en-foutisme d’un Dario Argento plus préoccupé à faire de la réclame pour sa fille et lui-même (dans le vidéoclub, des affiches des films de Hitchcock voisinent avec celles de Scarlett Diva, première réalisation de Asia Argento, et de The Card Player, précédent film de Dario) que de soigner le suspense de son film. Interminable, ladite filature sombre dans le grand n’importe quoi au moment de se conclure. Alors que Giulio suit la mystérieuse (et très mignonne) Federica jusqu’à la maison de son patron, s’aventurant même à en escalader la façade pour les observer du balcon, un éclair intempestif le révèle aux yeux du couple. Fou de rage, le propriétaire des lieux se précipite sur le balcon pour rosser l’impudent, lequel a déjà pris ses jambes à son cou pour redescendre fissa le long du mur. Dans la précipitation, il glisse et tombe lourdement sur la chaussée, se tordant le pied au passage, le tout sous le regard empli de haine du propriétaire. Et c’est là que Dario Argento touche au grotesque (ou au sublime pour les plus conciliants). Plutôt que de se précipiter au bas de la demeure pour mettre ses menaces à exécution, le propriétaire reste comme un couillon sur son balcon, invectivant de plus bel cet intrus, lui laissant le temps de regagner son scooter. Et ce n’est qu’une fois le scooter démarré qu’il daigne enfin réagir et débouler comme un fou dans la rue. La scène aurait pu s’arrêter là. Or, sans doute conscient qu’il s’agit du passage le plus mouvementé de son téléfilm, Dario Argento étire cette séquence au maximum, au détriment de notre patience. Il fera de même lors d’un dénouement lorgnant du côté de Vertigo, pour un résultat tout aussi poussif.
Il faut se rendre à l’évidence, Dario Argento n’est pas Brian De Palma. Alors que le cinéaste américain réussit à sublimer ses hommages à Alfred Hitchcock en ne reniant rien de son style, Dario Argento fait l’inverse. Hormis des plans de diverses sculptures parsemant le téléfilm et un meurtre brièvement brutal, Aimez-vous Hitchcock ? ne ressemble guère à du Dario Argento. La mise en scène est neutre, dépourvue de toute fulgurance, comme aseptisée par le format télévisuel. Les rares plans sanglants semblent n’avoir d'autre but que de tenir éveillé un téléspectateur par ailleurs fort peu sollicité. Plus embêtant, les scènes touchant au voyeurisme ne procurent ni frisson, ni malaise. Dario Argento se contente de dévoiler les poitrines de ses comédiennes dans des scènes nocturnes aux couleurs chaudes qui ne dépareilleraient pas dans n’importe quels téléfilms érotiques visibles sur les chaînes de la TNT. Étant donné le physique avenant de ces demoiselles, j’aurais mauvaise grâce de m’en plaindre. Cependant, j’attends autre chose de la part de Dario Argento qu’un effeuillement aussi stérile de ses comédiennes. Dépourvu de toute tension sexuelle, Aimez-vous Hitchcock ? ne dispose même pas d’un suspense digne de ce nom. Un comble pour un téléfilm qui se réclame du maître en la matière ! A aucun moment le déroulement de l’intrigue ne vient remettre en doute les soupçons de Giulio, qui s’avère un formidable expert en déduction. Il en résulte un récit dépassionné, qui se permet même des digressions concernant la mère du héros et son remariage. Un moyen comme un autre de meubler une histoire banale au possible et triste comme un jour de pluie.



A défaut de marquer le renouveau vainement espéré du cinéaste transalpin, Aimez-vous Hitchcock ? démarre une parenthèse télévisuelle dans sa carrière qui se prolongera au Canada avec les autrement plus furieux Jenifer et J’aurai leur peau, ses deux contributions à la série Masters of horror. Ici, il a tellement l’air de s’en foutre que ce téléfilm s’apparente à une œuvre de commande qu’il aurait sciemment bâclé. A tel point que cela laisse supposer qu’à la question posée par son titre, il répondrait par la négative.

Bénédict Arellano

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