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The Seventh Sign. 1988.
Origine : Etats-Unis
Genre : Fantastique
Réalisation : Carl Schultz
Avec : Demi Moore, Jurgen Prochnow, Michael Biehn, Peter Friedman...




De drôles d’événements -non médiatisés- se déroulent de par le monde. Des poissons morts et brûlants s’échouent par dizaine sur une plage de Haïti ; un village et ses habitants sis en plein désert israélien sont pris dans la glace ; les eaux d’un fleuve au Nicaragua se colore de sang. Et à chaque fois, le même homme étrange précède les faits en laissant choir sur le sol un sceau qu’il vient de rompre. Loin de là, à Venice en Californie, Abby et Russell Quinn attendent avec impatience, et un brin d’anxiété, leur premier enfant dont la naissance est prévue dans deux mois. Dans le même temps, l’homme étrange cité plus avant débarque chez eux, répondant à leur petite annonce concernant la location d’un studio situé au-dessus de leur garage. Bien que d’abords affables, Abby va rapidement le soupçonner d’en vouloir à son bébé. Alors, simple paranoïa prénatale ou exemple flagrant de sixième sens féminin ?



Terre d’asile durant les années 30 et 40 pour les cinéastes européens, Hollywood est devenu au fil du temps l’eldorado des cinéastes du monde entier. Particulièrement attractif, le cinéma américain n’éprouve aucun mal à attirer en son sein les talents de tous bords, quand bien même ceux-ci se retrouvent le plus souvent bridés. Les années 80 voient l’expatriation de nombreux réalisateurs australiens dans la foulée de George Miller (La Quatrième dimension, 1983) et Peter Weir (Witness, 1984). Nettement moins connu, Carl Schultz, auteur sur sa terre d’adoption -il est hongrois- de quelques drames (Goodbye paradise en 1983 et Travelling North en 1987, notamment), finit par franchir à son tour l’océan Pacifique. Il s’est laissé convaincre par un scénario d’inspiration mystique et aux confins du drame, un moyen pour lui de demeurer en terrain connu. A l’heure des croquemitaines flamboyants (Freddy Krueger et à un degré moindre Jason Voorhees) et d’un cinéma fantastique en général plus démonstratif dans ses effets, Carl Schultz se distingue par sa sobriété, développant une intrigue plus axée sur l’ambiance et les personnages que sur les émanations surnaturelles.
Récit de fin du monde basé sur l’évangile selon Saint Jean, La 7ème prophétie baigne dans des couleurs ternes et grisâtres, annonciatrices de l’apocalypse à venir. Que ce soit à Haïti, dans le désert de Néguev ou bien au Nicaragua, le soleil, quand il y en a, luit d’une lumière blafarde peu propice à des images d’Épinal. Même l’heureux événement tant attendu par Abby et Russell se teinte d’appréhension, la jeune femme présentant des signes préoccupants à l’approche du terme (elle a notamment moins de liquide amniotique que la normale). A l’angoisse d’une mère pour son enfant à venir se joint celle d’un mari pour son épouse, ce qui contribue à altérer l’image du charmant petit couple auquel tout sourit. Ils s’aiment mais de sombres nuages s’amoncellent au-dessus de leur tête, dont le mystérieux étranger n’est pas le moindre. Jusqu’à mi-film, Carl Schultz joue de l’aura mystérieuse de cet homme dont on ne sait rien, si ce n’est qu’il semble apporter mort et désolation partout où il passe. Charismatique en diable, Jürgen Prochnow dégage un magnétisme immédiat qui le rend fascinant. A travers ce visage émacié et marqué se lit toute la détresse du monde. Néanmoins, et en dépit des embruns mortifères qui accompagnent chacune de ses apparitions, son regard laisse transparaître plus de compassion à l’égard du genre humain que de haine. Ange ou démon, Carl Schultz se plaît à entretenir le suspense, nous invitant à partager les craintes de Abby au sujet de son étrange locataire. Cela contribue à instaurer une forme de connivence entre Abby et le spectateur alors qu’aux yeux de son mari, la jeune femme passe pour une paranoïaque que la grossesse rend particulièrement sensible. Et la présence récurrente d’un prêtre sur chacun des lieux précédemment fréquentés par cet homme mystérieux, comme si il était sur ses traces, ne fait que nous conforter quant au bien fondé des craintes de la jeune femme. Le récit semble alors s’orienter tout droit vers un affrontement convenu entre le Bien et le Mal. Or, ce n’est pas aussi simple que ça.
A mi parcours, donc, le récit opère une volte-face, brouillant considérablement cette frontière ténue entre le Bien et le Mal. Il est question d’apocalypse donc de la main de dieu qui, comme avec Sodome et Gomorrhe en leur temps, se ferait punitive à l’égard d’une humanité infidèle et immorale. La lutte de Abby prend une tournure universelle alors même qu’elle n’agit que dans l’unique but de préserver son enfant, la mort de ce dernier devant être le dernier signe avant le déclenchement des foudres divines. L’histoire devient alors confuse, mêlant la réincarnation à l’idée du repentir. Abby n’est autre que Marie-Madeleine réincarnée dont la croix ne serait plus l’adultère mais des pulsions suicidaires, aujourd’hui oubliées (ou presque) mais dont la chair porte encore les stigmates. Sans l’air d’y toucher, le film nous assène sa petite morale catholique selon laquelle le suicide c’est mal. Abby doit donc sauver son âme et pour cela mourir au nom de la communauté. Et là, on ne parle plus de suicide mais de sacrifice, terme beaucoup plus noble qui renvoie au Christ en personne, dont elle se fait l’émule. Voire la remplaçante comme en atteste la fin sur signifiante. Abby ne donne pas seulement la vie mais également l’espoir, cet espoir qui manque cruellement à l’homme et dont elle se fait la pourvoyeuse en posant en martyre. Une martyre moderne et donc plus à même de faire sens pour une humanité à la mémoire courte.



Visuellement appliqué, La 7ème prophétie souffre de trop de personnages accessoires (le mari, le prêtre) dont le seul intérêt semble de vouloir masquer le simplisme du scénario. En outre, si l’association du troublant magnétisme de Jurgen Prochnow au charme angélique de Demi Moore fonctionne bien, il n’en va pas de même de l’évocation de l’apocalypse dont on a bien du mal à ressentir l’imminence. Peu à l’aise avec les éléments fantastiques, Carl Schultz s’avère aussi maladroit avec l’aspect dramatique de son histoire dont l’issue baigne dans un angélisme quelque peu ridicule, ternissant encore plus le tableau.

Bénédict Arellano

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