Spasmo. 1974. Origine : Italie Genre : Giallo Réalisation : Umberto Lenzi Avec : Robert Hoffmann, Suzy Kendall, Ivan Rassimov, Adolfo Lastretti...
En 1974, Umberto Lenzi a déjà acquis une expérience non négligeable dans le domaine du giallo. Six films en trois ans, rien que ça. Bien qu'il soit très fier de certains d'entre eux (Orgasmo et Paranoia, notamment), ce ne sont pourtant pas des chefs d'œuvre, loin s'en faut. Car il a beau faire, Lenzi se révèle à chaque fois brouillon dans les scénarios tortueux propres aux gialli, et il manque d'imagination pour les épicer comme peuvent le faire des Argento, Fulci ou Martino. Mais le succès fut malgré tout au rendez-vous, et le brave Umberto est encore demandé sur ce créneau. Spasmo est son avant dernière incursion dans le genre, et il faut bien admettre qu'après avoir visionné ses précédents efforts, on attend plus grand chose du réalisateur, si ce n'est peut-être qu'il daigne au moins faire preuve de la même méchanceté provocatrice que dans ses polars. Il y a largement de quoi faire au sein du giallo, entre les meurtres, l'érotisme et la persécution des héroïnes, mais pour un homme comme Lenzi, jamais aussi en forme que lorsqu'il laisse tomber les fioritures, cela implique d'abandonner toute velléité psychologique. Chose que Spasmo ne fait malheureusement pas, partant en prégénérique sur un traumatisme à résoudre au dénouement. Ainsi attaché à la psyché de son personnage principal, un dandy vite dépassé par les évènements, Lenzi ne cherche jamais à faire autre chose qu'un film psychologique. Il y a même encore moins d'attraits que dans certains de ses autres gialli, où Carroll Baker (Orgasmo, Si douces si perverses, Paranoia) rappelait de temps à autres qu'elle mit en son temps les moralistes catholiques de "La Ligue pour la vertu" dans tous leurs états (avec Baby Doll, d'Elia Kazan, sur un scénario de Tennessee Williams) et où certains meurtres étaient pour le moins amusants (l'attaque à la perceuse du Tueur à l'orchidée). Suzy Kendall n'est pas l'héroïne du film, et malgré son statut de compagne du tueur, elle est largement délaissée par Lenzi, lequel se concentre sur le peu charismatique Robert Hoffman. On ne trouvera pas non plus de mise en scène élaborée, Lenzi ne cherchant pas à illustrer les tourments de son personnage principal et faisant totalement l'impasse sur les meurtres. Il n'y a pas de tueur vraiment "giallesque" dans Spasmo : le seul tueur qui traîne montre tout de suite son visage, et il est tout de suite mit hors d'état de nuire. C'est justement la disparition de son cadavre, allié à d'autres évènements singuliers, qui vont entraîner les doutes de Christian, et donc le moteur du film de Lenzi.
A nous refuser tout spectacle, Spasmo déçoit donc beaucoup. En revanche, surprise de taille : son scénario est (presque) bien, et justifierait (presque) que Lenzi ne se soit pas montré moins sobre ! Déjà, il évite d'être incompréhensible : il s'agit purement et simplement d'une histoire de paranoïa, et les évènements étranges vécus par Christian sont à mettre sur le compte d'une machination dont les rouages tardent à venir. Le personnage se retrouve ainsi plongé dans l'incompréhension la plus totale, plongeant petit à petit dans la folie. Tout et tout le monde semble s'être ligué contre lui, et il ne peut avoir confiance en personne. Non pas que tout le monde veuille l'assassiner, mais au moins tout le monde semble de mèche dans un complot aboutissant à la présence de ce mystérieux tueur dont le corps a disparu. Le couple qui le recueille à l'improviste lui et Barbara s'immisce bien trop dans ses affaires pour ne pas être impliqué, surtout quand le maître de maison sort tard la nuit pour parler à un inconnu qui a déjà passé son temps à observer Christian et Barbara. L'envahissant prétendant de cette dernière profère également bien trop de menaces pour ne pas avoir un rôle à jouer. Et Barbara elle-même est pleine de mystères, disparaissant sans prévenir après cette première nuit commune agitée. Enfin, quelle est la signification de ces poupées ensanglantées visibles à certains moments, et qui ressemblent aux femmes côtoyées par Christian ? Cette intrigue paranoïaque n'est pas sans avoir un petit côté sadique (très bien mis en musique par Ennio Morricone) envers un jeune prétentieux dont l'oisiveté est fondée sur un frère protecteur mais -encore étrangement- introuvable en ces moments difficiles. Mais le plus beau reste encore la fin, et l'explication générale, étape généralement difficile à passer dans le giallo mais qui est ici d'une audace d'autant plus remarquable qu'elle était difficilement prévisible, tant Lenzi s'était montré opaque précédemment. Il y a donc de nets progrès au niveau scénaristique par rapport aux autres gialli du réalisateur. Saluons cet effort comme il se doit, même si il subsiste encore quelques incongruités. Retourner sur les lieux du crime initial (le motel) parce que l'on a malencontreusement oublié quelque chose en fait parti, tout comme assister à un film d'enfance contenant des scènes vraiment peu dignes de figurer dans des films de familles (des traitements barbares chez un médecin), surtout quand leur style n'est vraiment pas amateur.
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