Maniac. 1980. Origine : Etats-Unis Genre : Gore tordu Réalisation : William Lustig Avec : Joe Spinell, Caroline Munro, Abigail Clayton, Tom Savini...
Frank Zito (Joe Spinell) est fou à lié. C'est un tueur psychotique et psychopathe dont l'unique but dans la vie est de prélever le scalp des femmes pour les apposer sur les mannequins qui entourent son lit. Ce soucis provient de son enfance saccagée par une mère prostituée violente.
La plongée dans l'antre du tueur permet en effet d'expliquer bien des choses. La discrétion de Zito lorsqu'il est à la recherche d'une victime n'est pas uniquement due à la volonté de ne pas se faire prendre. Il prend d'ailleurs pas mal de risques, et c'est un petit miracle qu'il ne soit pas mis hors d'état de nuire plus tôt. L'isolement des victimes auquel il a recours est pour lui un moyen de rester dans son propre monde mental, extrêmement solitaire...Zito n'a pas vraiment conscience d'avoir affaire à des autres êtres humains, tant il est en dehors de toute société. Sa folie n'est pas la folie caricaturale repérable du premier coup d'œil : il faut l'observer chez lui pour en deviner la nature et l'effrayante intensité. Seul dans cette pièce exigüe et sombre remplie de mannequins recouverts de scalps encore sanglants, il exprime sa psychose à voix haute, tenant des conversations unilatérales avec sa mère morte. Ses monologues obscurs nous informent de l'origine de son trouble et du sens qu'il donne à ses actes. A savoir que "posséder" des femmes immobiles sous la forme de mannequins est pour lui la façon de reprendre les relations avec sa mère, une prostituée sur-active qui pendant ses nombreuses absences enfermait le petit Frank dans un placard, et qui ne se gênait pas non plus pour lui infliger divers châtiments corporels. Zito en a donc développé un manque social, qui le pousse désormais à considérer les femmes en pleine santé comme les représentations de sa mère. Les tuer, puis les faire revivre via des mannequins est pour lui un moyen de les immobiliser à la maison dans une pathétique tentative de recréer une vie familiale un tant soit peu normale. Entreprise condamnée d'avance, bien entendu, mais qui tourne à l'obsession pour un homme qui ne sort jamais de sa folie. Même lorsqu'il rencontre une belle photographe nommé Anna D'Antoni (Caroline Munro, remplaçante au pied levé de Daria Nicolodi retenue sur Inferno) avec laquelle il connait une ébauche de lien social. On peut déplorer que les scènes manquantes ne permettent pas de se faire des idées plus précises, mais la jeune femme n'est pas alertée par Frank, et semble forger avec lui une relation qui s'achemine doucement vers l'amour. C'est du moins ce que l'on imagine être l'optique d'Anna, car pour le spectateur il est évident que Frank n'est pas véritablement séduit par ses charmes. De toute façon, il rejète le sexe et ne connait rien du sentiment. Difficile alors de ne pas percevoir la portée des propos qu'il tient sur la photographie, qui serait un moyen de maintenir un être mort en vie. Encore plus alarmant, les fréquentes mentions qu'il fait de sa mère nous pousse à croire que le lien entre Anna et Frank témoigne pour ce dernier non pas de la naissance d'un sentiment amoureux mais bien d'une fascination hautement morbide pour une femme dont la profession est pour Frank de maintenir des êtres (et surtout des femmes) éternellement en vie, comme il le fait lui-même avec sa mère, du moins sous une forme symbolique. Ce rapprochement vicié de Frank Zito avec une photographe ne fait paradoxalement qu'accentuer le profond isolement du personnage de Joe Spinell en mettant justement le doigt sur le gouffre qui le sépare des conventions sociales. Reclus dans son monde psychotique si bien représenté par sa chambre, Frank Zito est un personnage à la fois triste et terrifiant. Il est bien sûr une menace, et ne doit pas être laissé en liberté, mais d'un autre côté on ne peut s'empêcher d'éprouver pour lui une certaine forme de compassion que même ses meurtres particulièrement sauvages ne parviennent pas à entacher. Si le film se rapproche par son esthétique sordide aux films de vigilante, et même aux "shockers" du type La Dernière maison sur la gauche, il en diffère totalement par la caractérisation de son psychopathe, qui n'a d'une certaine façon même pas conscience du mal qu'il inflige. Il est véritablement torturé par son idée fixe (cf. la scène finale), et chaque victime, chaque mannequin lui remet en tête le pénible souvenir de sa défunte mère qu'il cherche à réhabiliter à ses propres yeux sans jamais y parvenir et sans jamais se décourager, l'incitant ainsi à devenir un tueur en série. Frank Zito ne parviendra de toute évidence jamais à se sortir de là, parce que le moyen utilisé ne pourra jamais transformer son enfance. Croire l'inverse serait de la folie, et c'est bien ce dont est atteint Frank Zito.
Puisant son inspiration un peu partout, du slasher au thriller hitchcockien en passant par le giallo, le "shocker", le film gore et le film de vengeance, Maniac est pourtant différent de tout cela. Il va au-delà et dépasse sans problème la limite séparant le film à la mode du film novateur, et il est clairement à placer sur la même ligne que L'Exorciste, Massacre à la tronçonneuse, Halloween, Zombie et Evil Dead. Tous ces chefs d'œuvre ont modernisé l'horreur et continuent à avoir un impact sur la production horrifique, et Maniac aussi. Mais Lustig a plutôt livré le film incontournable d'un mouvement plus confidentiel, moins prolifique et plus orienté "trash" (dommage au passage que son aspect psychologique soit trop souvent oublié au profit de ses éléments gores ou de son réalisme sordide). On peut d'ailleurs noter que le réalisateur s'est aujourd'hui investi dans ce milieu avec sa compagnie Blue Underground, spécialisée dans l'édition DVD de films "bis". Quant à Joe Spinell, sa prestation touchante et troublante demeure de loin la plus marquante de sa carrière, hélas écourtée par son décès en 1989 alors qu'il cherchait à réunir des fonds pour un Maniac 2 (un court-métrage portant ce titre avait déjà été réalisé en 1986 dans le but de séduire les investisseurs). Différemment de n'importe quel croque-mitaine ou psychopathe, son singulier Frank Zito est en tout cas passé à la postérité, et ce n'est que justice.
Loïc Blavier |