The Warriors. 1979. Origine : Etats-Unis Genre : Action Réalisation : Walter Hill Avec : Michael Beck, Deborah Van Valkenburgh, James Remar, Dorsey Wright...
Évènement à New York : tous les nombreux gangs ont déclaré la trêve pour une réunion où chacun doit envoyer neuf de ses membres. Cyrus, le chef du plus prestigieux des gangs, a une déclaration à faire. Le soir fatidique, il émet le souhait de voir tous les gangs s'unir pour former une vaste organisation supérieure numériquement aux forces de police et ainsi s'emparer de la ville de New York. Mais à la fin de son discours, Cyrus est abattu d'un coup de feu par Luther, le leader des Rogues. Seul témoin, Swan (Michael Beck), membre des Warriors, qui est immédiatement accusé par Luther. Dans une confusion renforcée par l'arrivée de la police, Swan ne peut livrer sa version des faits. Il se voit contraint de fuir en compagnie des autres Warriors, moins leur chef Cleon, déjà pris à parti par un autre gang. Pour retourner chez eux à Coney Island, c'est à dire loin de là, ils doivent traverser la ville en métro alors que tous les gangs se sont ligués contre eux et que la police est en état d'alerte.
Le réalisme des Les Guerriers de la nuit est donc à rechercher ailleurs, à savoir dans la sobriété employée au niveau esthétique par le réalisateur. Tourné entièrement de nuit dans les zones les plus sales de New York, avec la participation partielle de véritables gangs (les relations furent d'ailleurs houleuses entre ceux-ci et les acteurs), le film est une incursion particulièrement dense dans un univers peu conforme aux enjolivements hollywoodiens. Un univers sale et largement souterrain, le métro étant au cœur de l'épopée. Bien sûr, le look des gangs a beaucoup vieilli (particulièrement celui des Baseball Furies avec leur maquillage et leur tenue de base ball) et annonce les extravagances des films italiens façon Les Guerriers du Bronx, mais il cerne assez bien le style d'une époque carrefour entre l'agressivité punk, la rythmique disco et la synthétique new wave, tous trois fusionnés dans l'excellente BO. Et puis la mise en scène de Walter Hill aide à faire passer bien des choses. Formé chez Peckinpah, le réalisateur utilise un style sec et nerveux qui faisait les beaux jours du grand Sam. Bien que la violence physique soit finalement assez peu présente, le sens de la mise en scène donne l'impression d'un film radical, là encore à l'image des westerns de Peckinpah. Hill ne s'est jamais caché d'avoir toujours tourné autour du western même dans ses films n'appartenant pas directement au genre. Les Guerriers de la nuit fait part de cette influence non négligeable : le retrait d'une horde sauvage harcelée par d'autres hordes sauvages est un sujet suffisamment usité pour que Hill n'ait pas été attiré par hasard sur le roman de Sol Yurick. Il y trouva une autre source d'attirance : le fait que l'un des protagonistes soit comme lui un avide lecteur de comics. Modifiant le roman (dans lequel le personnage en question lisait le comic de l'Anabase), il décida en premier lieu de retranscrire cet aspect dans la construction même du film, le découpant notamment en chapitres qui auraient chacun commencé depuis des cases prenant vie. Mais le faible budget et le temps réduit imparti au tournage l'obligèrent à abandonner cette idée et à se concentrer sur l'aspect "jungle urbaine". Malgré tout la nature particulière du récit témoigne de cette première intention : le film est ainsi une succession de chapitres dans lesquels les Warriors ou une partie d'entre eux, puisqu'ils se retrouvent à un moment séparés, affrontent à chaque fois un nouveau gang ennemi : les Turnbulls, les Orphans, les Baseball Furies, les Lizzies, les Punks, les Rogues... La présentatrice d'une émission de radio ancrée dans le milieu des gangs vient faire la séparation entre chaque étape. Tout ce découpage limpide fit plus tard le bonheur de l'industrie du jeu vidéo, trop contente d'y trouver une parfaite trame à l'adaptation du film sur Xbox. Cette simplicité dans la construction se marrie également fort bien avec le style sec du réalisateur, qui transforme alors son film en véritable film d'action à la densité jamais démentie. Après tout, avoir tué dans l'œuf les sujets sociaux ou psychologiques lui aura permis d'épurer son film un maximum. Alors bien sûr, ce n'est pas un chef d'œuvre développant de grandes théories, mais c'est un film d'action extrêmement efficace, réalisé avec intelligence par un Walter Hill qui connait bien son affaire. Avec New York 1997 et Mad Max 2, Les Guerriers de la nuit est certainement l'un des films les plus emblématiques d'une tendance du cinéma américain incarnant les derniers feux d'un mouvement culturel de rejet né du désenchantement social. Comme quoi, même sans l'avouer directement, Les Guerriers de la nuit reste inséparable du nihilisme de son époque, voire de la ville qu'il met en scène... |